Julie Delfour

Écrivain et illustratice

Dans les coulisses du Fichier national canin





L'histoire du Fichier national canin


Le Fichier national canin a vu le jour en 1971, au 115 de la rue Saint-Denis à Paris. Au début, se souvient Muriel, « on identifiait les chiens par l'empreinte nasale, c'était vraiment une autre époque ! ».
La Société centrale canine (SCC) a ensuite déménagé pour s'installer dans des locaux plus grands. Depuis 1989, le Fichier national est donc basé à Aubervilliers, où l'on gère l'ensemble des dossiers concernant l'identification et le suivi des chiens et de leurs propriétaires. Les missions et le rôle joués par le Fichier sont multiples et essentiels. En voici un aperçu…


Carnets vétérinaires


Les vétérinaires commandent auprès de la Société centrale canine des cartes de tatouage pour permettre l'identification et le suivi des chiens qu'ils vont tatouer. Ces cartes sont présentées sous forme de carnets, les « carnets vétérinaires ». Les praticiens en font la demande sous enveloppe de couleur rose, couleur spécifique qui facilite le traitement lors de la réception du courrier. « Une fois que nous avons reçu la commande, nous envoyons le carnet au vétérinaire en lettre recommandée, explique Marie-José Chauvin. Les cartes de tatouage remplies doivent être retournées ici par le vétérinaire sous huit jours avec le numéro de tatouage de l'animal. Nous trions, traitons et vérifions les informations sur le chien et le propriétaire ».
Les cartes reçues sont classées par ordre d'arrivée. Il en arrive environ 400 chaque jour, qu'il faut saisir entièrement à la main : code du vétérinaire, coordonnées du propriétaire, race, sexe et nom du chien. Ces cartes seront archivées pendant quatre ans pour pouvoir être consultées en cas de litige.

Cartes d'identification par puce électronique


Substitut ou complément au traditionnel tatouage, la puce électronique n'emporte pas encore tous les suffrages. En effet, plusieurs contraintes freinent son efficacité et celle du Fichier. La Carte SIEV tout d'abord, l'équivalent de la carte de tatouage, demande un temps de préparation supplémentaire aux employés qui la reçoivent et la traitent. Mais tout le monde met la main à la pâte et permet de faire avancer les choses. Car en pratique, ses avantages sont nombreux. Certes l'identification par puce est moins évidente que celle du tatouage puisqu'il faut emmener le chien chez un vétérinaire pour pouvoir lire les informations contenues dans la puce. En revanche, deux précautions valant toujours mieux qu'une, en cas de disparition ou de vol, votre animal sera d'autant plus facile à retrouver qu'il sera pucé. Pour une fois, la puce devient l'amie du chien !

La double identification


Certains propriétaires, notamment les professionnels du chien, souhaitent que leur animal soit pucé et tatoué, afin d'accentuer sa protection et d'assurer une identification optimale. La marche à suivre est la suivante. Pour un chien déjà pucé que l'on tatoue, le vétérinaire adresse à la SCC la carte puce, le volet vétérinaire et la partie B de la carte de tatouage. Il indique également l'emplacement et le numéro du tatouage. La SCC va alors le valider et éditer, sous 21 jours, une nouvelle carte qui présentera les deux identifications. Dans le cas des chiens déjà tatoués qui sont pucés, c'est le SIEV qui éditera la carte, dans un délai de 8 jours.


Cartes de changement de propriétaire


Lorsque le propriétaire change d'adresse, cède son animal ou en signale le décès, il retourne la partie B de la carte de tatouage à la SCC. Le travail de saisie est long, d'une part en raison du grand nombre de cartes reçues (entre 500 et 520 par jour), et d'autre part parce qu'il faut vérifier toutes les cartes une par une afin de contrôler la concordance des informations. « On ne peut pas se permettre de faire des erreurs », confie Danièle. Ce travail requiert en effet une attention rigoureuse et « un gros travail de préparation », essentiel à la reconnaissance et à l'identification de tous nos animaux, de plus en plus nombreux.


Chiens trouvés


Lorsqu'une personne appelle après avoir trouvé un chien, le protocole de recherche instauré par le Fichier national se met en place. On commence par demander à la personne ses coordonnées. Puis on lui demande d'essayer d'identifier le chien en indiquant quelle est sa race et son sexe et en lisant son tatouage. Si l'animal en possède un qui soit lisible, le numéro est entré sur la base de données. Le Fichier fournit alors les coordonnées du propriétaire du chien perdu. On les communique au « trouveur » qui va lui-même tenter de le contacter. Dans le même temps, la Société centrale canine envoie un courrier au trouveur et au propriétaire résumant l'ensemble des étapes de ce protocole. L'équipe met ainsi tout en œuvre pour retrouver au plus vite le maître et lui rendre son animal.


Chiens perdus


Lorsqu'une personne appelle après avoir non pas trouvé mais perdu un chien, le processus débute sensiblement de la même manière. La personne précise ses coordonnées, la race, le sexe et le numéro de tatouage de son chien ainsi que l'endroit où elle l'a acquis : chez un éleveur ou dans un refuge de la Société protectrice des animaux (SPA). Le cas est alors mis « en transit », comme l'explique Marie-José : « Les coordonnées du propriétaire sont transmises au fichier et on va se charger de prévenir la Mairie, le vétérinaire, la gendarmerie, la fourrière et la SPA locales de la perte de l'animal. Pour mener à bien une telle démarche, il faut aller vite, et nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour accélérer le processus et remplir notre rôle dans cette grande chaîne de solidarité ».


Traitement des litiges


Les sujets de litiges ne manquent pas : « On n'imagine pas tous les problèmes qu'on peut rencontrer dans le monde du chien ! », glisse Danièle dans un sourire. Les conflits les plus fréquents surviennent quand un couple divorce. Le chien se trouve être parmi les premiers sujets de désaccord. Il arrive qu'un concubin, voulant récupérer le chien, imite la signature de sa partenaire sur la carte de changement de propriétaire afin de lui voler tout simplement son chien. Mais ce sont malheureusement loin d'être les seuls cas de vol de chien. Des animaux sont dérobés directement dans les animaleries, d'autres sont emportés par les gens du voyage, souvent pendant les périodes de chasse, d'autres sont carrément kidnappés dans des jardins, des voitures, des propriétés, au profit d'un odieux trafic souterrain d'animaux de compagnie destinés à des laboratoires ou à des fabricants de fourrure.


Le fichier dans la tourmente


En dépit des efforts de celles qui répondent au téléphone toute la journée, le retard est important. « Nous avons souvent au bout du fil des gens qui se plaignent de ne rien recevoir, qui ont besoin de leur carte », explique Danièle. Les maîtres-chiens par exemple, dont l'animal est un outil de travail, n'ont pas le droit d'exercer leur métier sans carte de tatouage. Quant aux propriétaires de chiens dits dangereux, la carte est nécessaire pour déclarer leur animal en Mairie.
L'équipe étant mobilisée par les cartes de tatouage, la mission première du Fichier national, le traitement des cas de chiens perdus et trouvés, s'en trouve parfois compliquée. Malgré tout, chacun prend le temps d'écouter les maîtres désorientés qui ont perdu leur animal. On sait ici se transformer, l'espace de quelques minutes, en oreille bienveillante pour entendre et apaiser la tension affective et la détresse de ces maîtres bouleversés par l'attente.
Tous les jours avant tout au service des chiens, les « petites mains » du fichier croient en leur travail et en l'avènement de jours meilleurs.


L'avenir du Fichier national canin


La situation est certes délicate mais l'embellie guette derrière les nuages, et les problèmes sont pris à bras le corps. Les mesures qui s'imposent seront prises, techniques et humaines. Il convient d'une part de moderniser le matériel informatique afin d'alléger la manipulation des informations, et d'autre part d'embaucher du personnel supplémentaire pour éponger le retard accumulé. Le désir d'œuvrer dans les meilleures conditions a permis d'imaginer des solutions originales, instaurées avec succès. Les circulaires chiens perdus/trouvés font partie des innovations positives. Elles allègent considérablement les opérations. « Une machine les met sous pli et elles partent le lendemain. C'est beaucoup plus facile pour nous, et surtout beaucoup plus rapide pour régler le problème du chien ! ».
Enfin, les mesures prises en amont permettront de régler les difficultés en aval. Ainsi, chacun pourra se rendre plus disponible pour la « mission première » qui anime les hommes et les femmes travaillant à la Société centrale canine : le sauvetage des chiens perdus et trouvés.


Collaboration de différents organismes


La principale force du Fichier est sa réactivité. La SCC travaille en effet en étroite collaboration avec tous les organismes concernés par les pertes et les vols de chiens. La police transmet quotidiennement au Fichier les réquisitions, les cas de chiens accidentés ou les affaires de trafic. Les Mairies demandent des informations à la SCC notamment en cas de cartes de tatouage maquillées. Les vétérinaires sont eux aussi affiliés à ce réseau savamment tissé. Sans oublier la SPA qui a besoin de connaître les indications que possède la SCC, comme le souligne Marie-José : « La SPA de Gennevilliers récupère des chiens et fait des recherches sur leur propriétaire avant de pouvoir les proposer à l'adoption. Ce sont bien sûr des urgences, des priorités, et nous agissons rapidement, en communiquant par fax pour plus d'efficacité ».


Quand on travaille à la Société centrale canine depuis de longues années, on s'attache à ces animaux pour lesquels on œuvre avec dévotion et abnégation. Tout le monde ici se bat pour défendre la cause des chiens et de leurs maîtres. Car tout le monde reste conscient de la priorité vers laquelle tendent tous les efforts : se consacrer au bien-être des chiens et de leurs propriétaires, pour qu'ils vivent ensemble une vie heureuse et harmonieuse.


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Une équipe soudée : portraits


L'équipe qui gère quotidiennement le Fichier national, composée en majorité de femmes, fonctionne selon un partage des tâches précis, chacune travaillant en étroite collaboration avec les autres. Une quinzaine de salariés saisit les informations, huit répondent au téléphone, trois au courrier, une personne envoie les carnets vétérinaires, tandis qu'une autre traite les cas spécifiques de changement de propriétaire. Mais si chacun remplit une fonction spécifique, il n'est pas rare que l'on se retrouve réunis pour « se donner un coup de main »…

Marie-José Chauvin est la directrice du service. Un grand sourire et un fort caractère l'aident à gérer son petit monde. Arrivée il y a quatre ans à la Société centrale canine, elle remplace l'ancienne directrice qui conduisait le navire depuis sa création en 1971. Ses fonctions sont multiples. Elle gère le planning du personnel, répond au téléphone, établit des statistiques concernant le nombre des chiens perdus et trouvés. Ses collègues font appel à elle lorsqu'elles sont confrontées à un problème concernant un chien en particulier. C'est elle également qui trie et traite les nombreux litiges, décidant ce qu'il convient de régler en premier.

Danièle Gautier est responsable de l'équipe du téléphone. Elle aide ses collègues à répondre aux questions que leur posent les propriétaires de chiens. Il lui faut traiter les changements d'adresse, la réactualisation du Fichier par courrier, les réquisitions de gendarmerie, les appels concernant des chiens perdus ou trouvés. Son travail au contact des maîtres et des chiens la passionne. Derrière son poste de travail, au-dessus de sa tête, trône un large tableau sur lequel on aperçoit les photographies de quelques uns des chiens de sa vie : ses propres animaux, mais aussi les portraits de chiens adoptés ou trouvés que des maîtres ont tenu à lui envoyer et qui font sa fierté.

Muriel Wartelle est l'adjointe de la directrice. Elle la seconde dans le traitement des cartes de tatouage, qu'elle retourne au vétérinaire lorsque celui-ci ne les a pas correctement renseignés. Elle est en outre chargée de la gestion des relations avec les vétérinaires et les tatoueurs. Muriel travaille pour la Société centrale canine depuis 29 ans : « Je suis entrée ici après l'école, et je suis la plus ancienne de nous toutes ! ». Discrète et réservée, sa situation de « doyenne » lui donne une vision précise de l'évolution du Fichier national, et lui fait appréhender ses grandes mutations avec lucidité et beaucoup de recul.

Viviane Labbé, fidèle à la SCC depuis près de 23 ans, s'occupe de la saisie des données. Son équipe, composée d'une dizaine de salariés, enregistre les volets de tatouage retournés par les vétérinaires ainsi que les cartes de mutation envoyées par les propriétaires de chiens. Certains salariés préparent les cartes (vérification des signatures), d'autres se répartissent quotidiennement les documents à saisir : volets vétérinaires, mutations et cartes des chiens pucés.
Les modifications à apporter sont fréquentes. Il faut rétablir la bonne race quand le vétérinaire s'est trompé, modifier le numéro d'inscription du chien au LOF lorsque l'éleveur a inversé les numéros lors de la vente de ses chiots.



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Chien perdu-Chien trouvé : Fichier National Canin : Tel : 01 49 37 54 54


Paru dans la Lettre de la Société Centrale Canine.

 
 

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