Si toi aussi tu m'abandonnes…
Il y a en France de plus en plus d'animaux de compagnie. Pourtant, le nombre d'abandons continue d'augmenter. Ils sont plus de 100.000, chaque année, inscrits sur la liste des laissés pour compte, abandonnés au bord d'une route ou attachés à la grille d'un refuge. Plus seulement à l'approche de l'été, mais toute l'année. Alors, pourquoi un tel paradoxe ?
Et un jour, l'abandon
Ah, les beaux jours, le parfum de l'été… Pourquoi faut-il que pour ces chiens et chats, soleil rime avec ombre ?
Au début, c'est soleil pour tout le monde. Dans la maison la famille s'agite, en un joyeux remue-ménage électrique, communicatif. Le chien se laisse gagner par l'euphorie, s'agite aussi, saute et fait des câlins, mais ça rend les autres un peu raides et ça casse l'ambiance. Déjà, pour lui, le soleil se couvre de quelques nuages. La tempête n'est pas loin, et l'orage va suivre. Personne ne se doute, chez les humains, du mal que font les éclairs quand ils s'abattent sur le crâne d'un chien. Le soleil pour les uns, partis sur les plages, l'obscurité pour l'autre, enfermé dans un refuge, au fond d'une cage vide et froide. Qu'a-t-il fait pour mériter ça, un jour de telle joie ?
C'est ce que se demandent, sans doute, la plupart des animaux que leurs maîtres ont un jour choisi, puis choisi d'abandonner. Les vacances, la liberté, juste après avoir mis Médor en prison. « Même pour un chien, c'est dur d'être abandonné comme un chien », souffle la voix off d'un reportage tourné au refuge SPA de Gennevilliers . Ici, plus de 6.000 chiens arrivent chaque année. Mais ce ne sont pas les chiffres qui sont importants. Arlette Alessandri, présidente de la Fondation Assistance aux Animaux (FAA), témoigne : « En France, il y a plus de chiens que de foyers potentiels. Il y a donc forcément beaucoup d'abandons, mais on ne peut donner qu'une approximation, et le chiffre ne repose sur rien – on ne peut pas compter les pattes et diviser par quatre ! On ne fait qu'extrapoler, c'est inexact et en plus cela banalise l'acte. Peu importe le nombre, chaque abandon est un drame ».
Au-delà des chiffres, c'est en effet ce « drame », la souffrance, le stress, qui frappent. L'aspect émotionnel domine : « nous on le voit tous les jours dans nos refuges. Cette intelligence de l'animal, on ne la connaît pas et on la sous-estime dans l'abandon ».
Y ont-ils seulement songé, ceux qui un jour ont décidé d'abandonner leur animal ?
Les raisons de l'abandon
« La France est le premier pays en terme de possession d'animaux de compagnie, et le premier en terme d'abandon ! », s'exclame Serge Belais, vétérinaire et président de la SPA. Une contradiction étonnante, mais bien réelle, qu'il faut essayer d'analyser.
Si les abandons sont souvent plus nombreux à l'approche de l'été, ce n'est pas toujours vrai. « Ici les refuges sont pleins toute l'année ; ce n'est plus une histoire de vacances », remarque Stéphanie Laroche, de la Fondation Brigitte Bardot. Le fractionnement des vacances, les 35 heures et l'évolution de nos modes de vie ont fait évoluer, si l'on peut dire, la manière d'abandonner. Les raisons données par les « propriétaires », elles, restent les mêmes, invariablement invoquées et entendues par tous ceux qui travaillent dans les refuges.
Il y a le déménagement, la vie en appartement, le divorce, le chômage. Il y a le chien qui mord, qui aboie ou qui n'est pas propre. Il y a le chat qui fait ses griffes et qui donne de l'allergie. Mais il y a aussi, dans les rangs des abandonnés, tous ces chevaux trop encombrants, tous ces oiseaux qui crient mais, quelle horreur, ne parlent pas, ces furets qui sentent mauvais, ces lapins nains trop agités, ces chinchillas et autres cochons chinois simplement victimes d'un caprice, d'une mode…
Laurence Chamberland, au refuge de Beauregard, ne mâche pas ses mots : « Ce n'est jamais de leur faute à eux, toujours de celle du chien. Et ils refusent le mot « abandon ». Ils le « laissent »… Discours identique dans les refuges de la Fondation Assistance aux Animaux : « On ne vient jamais nous dire « Je suis un salaud, j'abandonne mon chien ! ». Il y a bien sûr des abandons dramatiques pour les deux, mais c'est rare. La majorité des abandonneurs se présentent comme beaux et victimes, alors qu'à 99% ce sont des gens qui ne cherchent pas de solutions. Ils abandonnent par confort, par commodité. Un chien, c'est une contrainte… » .
Responsabiliser : un remède à l'abandon
Pour Serge Belais, le problème majeur reste le manque de projection dans l'avenir de ceux qui prennent un chien : « Un animal, c'est plein de plaisir, mais c'est aussi plein de contraintes, et beaucoup ont tendance à l'oublier ». On prend trop souvent l'animal pour un simple objet, un cadeau offert aux enfants, qui finit par arriver au refuge comme il est arrivé dans la famille : « comme un colis »…
« Il faut faire prendre conscience qu'on n'adopte pas un animal sur un coup de tête. C'est un acte qui doit être réfléchi et qui implique des responsabilités », souligne Stéphanie Laroche.
Solutions palliatives
Des solutions, il en existe, imaginées par tous ceux qui oeuvrent au service de la protection animale. Tout un réseau de familles d'accueil, de gardiennage, de pensions permet de partir en vacances sans nécessairement se débarrasser de son chien ou de son perroquet.
La Fondation Assistance aux Animaux propose la solution originale du « parrainage ». Des « parrains » bénévoles, qui ne peuvent pas adopter, vont tout mettre en œuvre pour que quelqu'un d'autre le fasse, par un travail de proximité : « Dans toute la France, des parrains prospectent pour leur chien ». Tout un réseau de placement à échelle humaine, qui fait la fierté de la présidente : « On ne changera pas l'humain, mais on peut au moins sauver le chien »…
L'adoption…
« Notre plus grande joie, c'est quand un animal est adopté. Notre plus grande déception, c'est quand il revient… », avoue Michel Lacourty, responsable du refuge de Charmentray. Alors, pour éviter cela, son équipe cherche à former des couples maîtres et chiens harmonieux. Au refuge de Beauregard, Laurence Chamberland est « féroces à l'adoption » : « On pose plein de questions, et on ne donne un animal que s'il nous semble bien adapté. Je manque peut-être des adoptions, mais au moins très peu de chiens reviennent. Un premier abandon, c'est déjà terrible pour eux, alors je ne veux pas prendre le risque qu'ils en vivent un deuxième… ».
Même combat à la Fondation Assistance aux Animaux : « Les gens adoptent plus sur la forme et la robe, nous on les aiguille sur le caractère. On connaît bien nos chiens, et en fonction du mode de vie des gens, on leur propose le chien qui s'y adaptera le mieux, et pas celui qui est gris ou beige. Car on peut toujours se faire à une tête ou à une couleur, mais pas à un comportement qui ne convient pas ». Et c'est presque toujours un succès. Les maîtres, heureux, donnent des nouvelles, remercient.
26 avril 2003 : journée d'adoption à l'espace Champerret à Paris. Anouchka, petite fille malicieuse, adopte avec sa famille « Falco », un gros mâle bringé de deux ans qui a passé les premières années de sa vie enfermé dans une voiture. « On va donner une chance à un animal malheureux »… Si le chien en dit long sur l'état de l'humanité, il lui arrive aussi parfois de dire quelques phrases rassurantes…
Reha HUTIN, présidente de la Fondation Trente Millions d'Amis
TMA : - Le nombre d'abandons d'animaux a-t-il évolué ces dernières années ?
RH : - Il y a vingt ans, on recensait près de 500.000 abandons par an, un chiffre énorme, aujourd'hui descendu à 100.000. C'est mieux, mais c'est encore trop, même si on constate un changement dans les mentalités. On ouvre moins facilement la portière…
TMA : - Et qu'en est-il du message de la Fondation en ce qui concerne ces abandons ?
RH : – Notre message est clair : « il faut tout faire pour ne pas en arriver là ». Au départ, on cherchait avant tout à culpabiliser. On fustigeait les gens, on leur disait que ce qu'ils faisaient était horrible, mais on change à présent d'attitude. Cela permet de limiter le nombre d'animaux abandonnés au bord des routes ou attachés à un arbre. Les gens les amènent au refuge, ce qui est déjà mieux et leur laisse une chance : ils pourront au moins être ré-adoptés.
TMA : - Y a-t-il selon vous un moyen d'éviter le geste définitif de l'abandon ?
RH : - Le mot d'ordre actuel, c'est l'accompagnement. L'abandon n'est pas inéluctable. C'est pourquoi la Fondation a mis au point un fascicule conçu pour faciliter la vie du propriétaire en vacances avec son chien. Lieux d'accueils, plages, restaurants, hôtels où les animaux sont autorisés. Le but est d'assister les gens dans leurs démarches, de les aider à contourner les interdits. Tout est fait pour dissuader du drame irrémédiable de l'abandon.
TMA : - Etes-vous optimiste pour l'avenir ; pensez-vous qu'on puisse rendre l'homme meilleur ?
RH : - Les animaux sont des êtres vivants. Respecter un être vivant, c'est respecter l'homme. Il faut apprendre le respect et la responsabilité. Et je crois qu'on va y arriver, à la longue !
L'animal, le maître et la loi
Face à un cas d'abandon avéré, un particulier ne peut rien faire. Seules peuvent agir les associations de protection animale, dont les actions sont primordiales dans le domaine juridique.
L'article 521-1 du Code Pénal souligne :
« Le fait, publiquement ou non, d'exercer des sévices graves ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. A titre de peine complémentaire, le tribunal peut interdire la détention d'un animal, à titre définitif ou non. (…) Est également puni des mêmes peines l'abandon d'un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité ».
La loi prévoit donc des sanctions. Pourtant, dans les faits, tout n'est pas aussi clair. En effet, pour parler légalement d'abandon, cela nécessite une notion de péril pour l'animal. Ainsi, un chien attaché devant un refuge n'est pas considéré comme directement en péril ; son maître ne peut donc pas être poursuivi. Dans ce genre de cas, il n'existe aucun recours.
En outre, la loi fait apparaître une triste contradiction : les associations de protection animale voudraient que les gens qui abandonnent le fassent « proprement ». Or, si on les réprime trop sévèrement, cela risque d'augmenter d'autant les actes de cruauté… Difficile donc de trouver le bon compromis.
Adresses, contacts
Fondation 30 millions d'Amis : 01.56.59.04.44Fondation Assistance aux Animaux : 01.40.67.10.04
Fondation Brigitte Bardot : 01.45.05.14.60
Société Protectrice des Animaux : 01.43.80.40.40.66
Refuges
Refuge de Beauregard : Route de Bourgogne, 58000 Saint-Eloi. Tel : 03.86.61.30.60 (ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 12h et de 14h à 17h30).Refuge FAA de Charmentray : RN 3, 77410 Charmentray. Tel : 01.60.61.03.26 (ouvert tous les jours de 14h à 18h).
Gardiennage et familles d'accueil
Madame Lacoeuille, Paris 15ème : 01.45.33.30.62 (ouvert toute l'année).Animado : 01.40.35.71.51
Animal Keeping : 01.55.60.07.38
Pour obtenir plus d'informations sur les refuges et les pensions, se renseigner auprès des associations de protection animale.
Article paru dans 30 Millions d'Amis.