Noël chez les bêtes
Noël annonce pour les chrétiens la naissance de Jésus-Christ. Mais la nuit de Noël porte les traces des célébrations païennes de la lumière, de la nature et des bêtes. Pendant douze jours et douze nuits, de l'Avent à l'Epiphanie, traditions et coutumes régionales font la part belle aux animaux, qu'on dit exceptionnellement doués de la parole…
Avant de devenir une fête religieuse, Noël était une fête païenne ; la fête de la lumière et du jour qui gagne sur la nuit. Dans la Rome antique, bien avant la naissance du Christ, le solstice d'hiver correspondait à une période de transition durant laquelle les jours éclairaient plus longtemps le monde. On célébrait alors Saturne, Dieu des récoltes et de la fertilité. Pendant les « Saturnales », chacun offrait à ses proches des figurines de pain ou de terre cuite à l'effigie d'animaux. Ce n'est qu'à partir du 4e siècle que les chrétiens ont fait de Noël une fête religieuse. Cependant, les traditions païennes y ont imprimé leurs accents magiques et apporté leurs nuits peuplées de créatures et d'animaux merveilleux tout droit sortis des entrailles de la terre. Dans certaines régions de France, l'Avent est l'époque où les sorciers voient leurs pouvoirs décuplés et où les loups-garous errent dans les campagnes pour empêcher les gens de se rendre aux veillées…
Des symboles très « nature »
Noël convoque une symbolique étroitement associée à la nature sauvage. Allumés en nombre lors des veillées, les bûchers chassent la nuit et font revenir la lumière. Encore récemment, on allumait des brandons dans les branches des arbres pour repousser les démons de l'hiver et les créatures de la nuit. La traditionnelle bûche de Noël ravive la lumière tout en réchauffant les hommes et les animaux du foyer. Dans la région de Dinan, elle réchaufferait les anges descendus sur terre. Les hommes ne les voient pas mais les animaux, eux, ont ce pouvoir… Répandues autour de l'étable, les cendres portent bonheur et préservent les bêtes contre les maladies et les accidents. La crèche fait aussi place aux animaux. Le mot lui-même (cripia en latin) désigne une mangeoire. L'invention de la crèche de Noël est attribuée à Saint-François d'Assise qui aurait réuni des fidèles dans son église pour jouer les personnages de la nativité autour de l'âne et du bœuf. Dans le sapin de Noël, symbole apparu très tôt dans les régions du nord, on suspend des pommes et des figurines animales. Le sapin symbolise l'arbre du Paradis, le jardin d'Eden où toutes les créatures vivaient en paix.Des traditions partagées dans toute l'Europe
Le mélange de symboles chrétiens et païens et la présence animale sont attestés dans de nombreux pays européens. Au Portugal, la veille de Noël, quand sonnent les douze coups de minuit, les fidèles se rendent à l'église et célèbrent la « missa do galo », la messe du coq. Selon la légende, un coq aurait chanté au matin du 25 décembre pour annoncer la naissance du Christ. En Islande, la tradition veut que les fermes soient nettoyées la veille de Noël et que tout soit parfait. On achète pour l'occasion un habit neuf, et ceux qui ne respectent pas cette règle s'exposent aux représailles du « chat de Noël » qui dévore leur repas ! En Estonie, tous les animaux de la ferme sont nourris avec le pain de Noël. Les jeunes se déguisent avec des cornes de cerf et des peaux de mouton pour porter la bonne parole dans le village. Entre ombre et lumière, le « climat » particulier de la nuit de Noël favorise l'apparition des légendes. La nuit, tout est permis ! Nuit sainte, mais aussi nuit magique, des miracles s'accomplissent. Les bêtes prennent le pouvoir et la parole. Des êtres surnaturels, fées et trolls, dragons et hommes-loups, se créent des passages entre deux mondes…Nuit des merveilles
La nuit de Noël, les bêtes se font des confidences, partagent leurs secrets et parlent de leurs maîtres. Mais malheur à qui les écoute ! Celui qui laisse traîner une oreille peut être frappé de mutisme ou, pire, mourir dans l'heure. Aussi offre-t-on aux animaux une double ration de fourrage, pour les endormir. En Alsace, on raconte que jadis, les fermes du Kochersberg étaient peuplées d'une foule d'animaux dont chacun avait sa fonction et son utilité. Ce petit monde ne pouvait être exclu des festivités. Avant de partir pour la messe de minuit, les paysans se rendaient à l'étable pour réveiller les bêtes et leur donner du foin. A minuit, les bœufs et les ânes se mettaient à parler. Des conversations s'amorçaient entre les poules qui criaient : « Christus natus est ! Christus natus est ! » ; les chiens qui demandaient : « Wuu ? Wuu ? » (Où ? Où ?) ; et les moutons qui répondaient : « Beh… Bethléem… Bethléem »…Article paru dans le magazine Santé Pratique Animaux, rubrique « Leur quotidien ».