Il faut sauver le cheval poitevin !
Il y a des gens qui ont le sauvetage dans le sang… Béatrice et Alain sont de ceux-là. Après avoir sauvé de nombreux adolescents en rupture sociale, ils ont décidé de sauver…un cheval. Le cheval de trait poitevin, le plus doux des chevaux, est menacé de disparition. A moins que des passionnés ne le sauvent…Pendant près de quinze ans, Béatrice et Alain ont accueilli, dans leur ferme ariégeoise, des jeunes en difficulté. Il y avait déjà, à la ferme, trois chevaux. « Nous les avons peu à peu utilisés pour intégrer les jeunes. Le cheval est un bon médiateur, qui nous a fait gagner beaucoup de temps ». Et puis, avec le temps, les trois chevaux sont devenus huit. Tous les jeunes participaient aux soins des animaux, et la relation se nouait aussi, par ce biais, avec les hommes. Et puis, avec le temps, un projet fou a mûri et pointé le bout de son nez…
« En 2001, nous avons choisi de nous lancer dans l’élevage », explique Béatrice. Le couple a quitté l’Ariège pour s’installer en Auvergne, dans l’Allier, et vivre la grande aventure dans une jolie ferme à colombages en bois rouge. Sans se douter qu’élevage allait bientôt rimer avec sauvetage !
Devant la porte, un chien hirsute au bon regard se repose, appréciant la fraîcheur, tout en surveillant d’un œil la vie autour de lui. Surveillant, entre autre, deux grands poitevins qui sont à l’attelage et qui, lorsqu’ils courent devant nous, ont belle allure. Pourquoi le cheval de trait poitevin ? Béatrice et Alain ont d’abord fait le tour des neuf races de chevaux de trait avant de faire leur choix. Originaire du Poitou, le trait poitevin est un cheval solide et élégant, bien charpenté, moins massif cependant que ses cousins de travail. Mais ce qui a fait la différence, c’est la douceur de ce cheval tout en sensibilité. « Le poitevin est très proche de l’homme. Nous avons été frappés par sa façon de toujours venir au contact, en permanence attentif à nous ». Beaucoup de chevaux de selle fuient l’homme quand ils le voient peu. Pas le poitevin. Il cherche le contact et se laisse caresser avec un plaisir évident. « Voilà pourquoi nous avons rapidement été mordus ! ».
Un authentique coup de foudre, qui s’est bientôt mué en profession de foi. « De simples amateurs de la race, nous sommes devenus de vrais spécialistes. Les autres éleveurs ont tous une activité secondaire, tandis que nous sommes les seuls en France à ne faire que ça, raconte Béatrice, non sans une pointe de fierté. Nous sommes d’abord tombés amoureux du trait poitevin, et le fait qu’il soit menacé a été un plus pour prendre notre décision ».
Ainsi a commencé l’aventure. Ils ont racheté des chevaux que d’autres éleveurs destinaient à l’abattoir, ainsi que de jeunes mâles, pour les mettre à la selle et à l’attelage, avant de les vendre comme chevaux de loisir. Matin et soir, ils sont présents pour leurs chevaux, apaisant les étalons, passant des nuits entières auprès des juments pendant les mises bas, assistant les poulains aux premiers jours de leur vie, y compris la nuit.
Au fil du temps, à force de patience, ils ont acquis des connaissances sur la race et son caractère. Et ils se sont attachés à ce cheval hors du commun, qui est devenu, si l’on peut dire, leur « cheval de bataille » : « La race étant menacée, il est difficile de vivre de cet élevage, mais plus nous la connaissons, et plus nous avons envie de la sauver. Même si dans le milieu de l’élevage, nous passons parfois pour des originaux ! », sourit Alain, qui ajoute : « Nous élevons une race qui n’est pas connue, et nous appliquons des méthodes d’élevage différentes des autres éleveurs. Ici, jamais aucun cheval ne part à l’abattoir. C’est un principe. Nous sommes éleveurs, mais aussi dresseurs, nous mettons l’accent sur l’éducation et pas seulement sur le travail, comme c’est le cas pour la plupart des éleveurs. Et nous voulons sauver cette race ».
Le cheval de trait poitevin est un cheval au caractère doux, très proche de l’homme, qui peut facilement devenir un cheval de loisir. Peu à peu, Béatrice et Alain ont conquis une clientèle d’amateurs passionnés, recherchant des chevaux à la fois calmes et esthétiques. « Les attentes de nos clients sont précises, souligne Alain. Ils veulent ce cheval et pas un autre, et ils font des kilomètres pour venir voir nos animaux. Ainsi, chaque acheteur devient un vecteur de propagation de la race. Par le bouche à oreille, elle devient de plus en plus populaire, et c’est très bien ! ».
Une bonne chose certes, qui ne suffit pas toutefois pour préserver la race. Il faut aller plus loin et s’engager. De là est née l’idée du Conservatoire, créé en février 2005 pour promouvoir la race, de loin la plus menacée parmi les chevaux de trait. « Si elle est aujourd’hui en voie de disparition, c’est parce qu’elle n’a jamais été élevée pour la boucherie. Elle n’a pas un « rendement viande », comme le Percheron ou l’Ardennais, plus musculeux. D’où sa disparition progressive ». Mais on découvre ses aptitudes de cheval d’attelage et de loisir, disciplines en plein essor, et l’on commence à se pencher sur le trait poitevin. Or, paradoxe terrible, il n’y a quasiment plus d’adultes à vendre ! C’est pourquoi l’association met tout en œuvre pour satisfaire la demande croissante en chevaux adultes débourrés.
Par le travail associé des syndicats d’éleveurs, des chercheurs, des haras nationaux et de l’association, l’objectif est de faire remonter le taux de naissances en France, sans perdre de temps, et en évitant que les poulains mâles, invendus au moment du sevrage, ne finissent à l’abattoir. « Il faut aider les éleveurs à trouver un débouché pour ces poulains, et mettre nos travaux et nos résultats en commun pour sauver la race et en multiplier les effectifs. Ici, nous avons un très bon taux de naissance. Malgré les difficultés et les risques d’avortements pour les juments, notre présence constante durant les mises bas nous fait atteindre aujourd’hui les 100% ! Ce qu’on a, c’est encore petit, mais c’est énorme. Chaque naissance est importante pour sauver la race ! », souligne Alain. L’association travaille également en collaboration avec des chercheurs INRA pour améliorer l’alimentation et la fécondation des chevaux de trait. A côté de l’élevage, l’accent est mis sur la sensibilisation du plus grand nombre. Béatrice et Alain accueillent des stagiaires d’établissements d’enseignement agricole et organisent des visites scolaires, « pour faire du cheval poitevin un outil pédagogique et le faire connaître des enfants ». Chaque année ont lieu des rencontres et des compétitions d’attelage où sont invités de nombreux touristes, afin d’élargir le clan des initiés. Et ça marche ! Plus de quarante adhérents se sont inscrits depuis la création de l’association. Certains n’ont pas de cheval, par manque de place ou de moyens, mais veulent quand même participer au sauvetage.
Pour Alain, le cheval de trait poitevin est un patrimoine vivant à préserver, au même titre que les vieilles pierres. Dans le pré voisin de la ferme, un étalon nous surveille. Très protecteur, il se place devant les juments et les poulains, mais sans agressivité. Le troupeau est soudé, nez contre nez, comme un troupeau de chevaux sauvages. Très proches les uns des autres, presque caressants. « Résine », petite pouliche malicieuse, vient à notre rencontre, et l’étalon laisse faire. S’en suit une séance de câlins mémorable, qui, pour Béatrice, est le lot quotidien, dont elle s’acquitte avec bonheur. Dans le pré suivant, nous rendons visite à « Quartier », un jeune mâle récupéré chez un éleveur qui le destinait à l’abattoir. C’est de loin le plus « collant ». Alain évoque une forme de « reconnaissance » chez ce cheval, heureux qu’on l’ait sorti de l’enfer pour l’emmener au paradis. Douceur, caresses, harmonie. Il se dégage ici un bien-être communicatif, et l’on voudrait rester le plus longtemps possible auprès de ces chevaux qui nous invitent avec douceur dans leur paradis sauvage.
« En 2001, nous avons choisi de nous lancer dans l’élevage », explique Béatrice. Le couple a quitté l’Ariège pour s’installer en Auvergne, dans l’Allier, et vivre la grande aventure dans une jolie ferme à colombages en bois rouge. Sans se douter qu’élevage allait bientôt rimer avec sauvetage !
Devant la porte, un chien hirsute au bon regard se repose, appréciant la fraîcheur, tout en surveillant d’un œil la vie autour de lui. Surveillant, entre autre, deux grands poitevins qui sont à l’attelage et qui, lorsqu’ils courent devant nous, ont belle allure. Pourquoi le cheval de trait poitevin ? Béatrice et Alain ont d’abord fait le tour des neuf races de chevaux de trait avant de faire leur choix. Originaire du Poitou, le trait poitevin est un cheval solide et élégant, bien charpenté, moins massif cependant que ses cousins de travail. Mais ce qui a fait la différence, c’est la douceur de ce cheval tout en sensibilité. « Le poitevin est très proche de l’homme. Nous avons été frappés par sa façon de toujours venir au contact, en permanence attentif à nous ». Beaucoup de chevaux de selle fuient l’homme quand ils le voient peu. Pas le poitevin. Il cherche le contact et se laisse caresser avec un plaisir évident. « Voilà pourquoi nous avons rapidement été mordus ! ».
Un authentique coup de foudre, qui s’est bientôt mué en profession de foi. « De simples amateurs de la race, nous sommes devenus de vrais spécialistes. Les autres éleveurs ont tous une activité secondaire, tandis que nous sommes les seuls en France à ne faire que ça, raconte Béatrice, non sans une pointe de fierté. Nous sommes d’abord tombés amoureux du trait poitevin, et le fait qu’il soit menacé a été un plus pour prendre notre décision ».
Ainsi a commencé l’aventure. Ils ont racheté des chevaux que d’autres éleveurs destinaient à l’abattoir, ainsi que de jeunes mâles, pour les mettre à la selle et à l’attelage, avant de les vendre comme chevaux de loisir. Matin et soir, ils sont présents pour leurs chevaux, apaisant les étalons, passant des nuits entières auprès des juments pendant les mises bas, assistant les poulains aux premiers jours de leur vie, y compris la nuit.
Au fil du temps, à force de patience, ils ont acquis des connaissances sur la race et son caractère. Et ils se sont attachés à ce cheval hors du commun, qui est devenu, si l’on peut dire, leur « cheval de bataille » : « La race étant menacée, il est difficile de vivre de cet élevage, mais plus nous la connaissons, et plus nous avons envie de la sauver. Même si dans le milieu de l’élevage, nous passons parfois pour des originaux ! », sourit Alain, qui ajoute : « Nous élevons une race qui n’est pas connue, et nous appliquons des méthodes d’élevage différentes des autres éleveurs. Ici, jamais aucun cheval ne part à l’abattoir. C’est un principe. Nous sommes éleveurs, mais aussi dresseurs, nous mettons l’accent sur l’éducation et pas seulement sur le travail, comme c’est le cas pour la plupart des éleveurs. Et nous voulons sauver cette race ».
Le cheval de trait poitevin est un cheval au caractère doux, très proche de l’homme, qui peut facilement devenir un cheval de loisir. Peu à peu, Béatrice et Alain ont conquis une clientèle d’amateurs passionnés, recherchant des chevaux à la fois calmes et esthétiques. « Les attentes de nos clients sont précises, souligne Alain. Ils veulent ce cheval et pas un autre, et ils font des kilomètres pour venir voir nos animaux. Ainsi, chaque acheteur devient un vecteur de propagation de la race. Par le bouche à oreille, elle devient de plus en plus populaire, et c’est très bien ! ».
Une bonne chose certes, qui ne suffit pas toutefois pour préserver la race. Il faut aller plus loin et s’engager. De là est née l’idée du Conservatoire, créé en février 2005 pour promouvoir la race, de loin la plus menacée parmi les chevaux de trait. « Si elle est aujourd’hui en voie de disparition, c’est parce qu’elle n’a jamais été élevée pour la boucherie. Elle n’a pas un « rendement viande », comme le Percheron ou l’Ardennais, plus musculeux. D’où sa disparition progressive ». Mais on découvre ses aptitudes de cheval d’attelage et de loisir, disciplines en plein essor, et l’on commence à se pencher sur le trait poitevin. Or, paradoxe terrible, il n’y a quasiment plus d’adultes à vendre ! C’est pourquoi l’association met tout en œuvre pour satisfaire la demande croissante en chevaux adultes débourrés.
Par le travail associé des syndicats d’éleveurs, des chercheurs, des haras nationaux et de l’association, l’objectif est de faire remonter le taux de naissances en France, sans perdre de temps, et en évitant que les poulains mâles, invendus au moment du sevrage, ne finissent à l’abattoir. « Il faut aider les éleveurs à trouver un débouché pour ces poulains, et mettre nos travaux et nos résultats en commun pour sauver la race et en multiplier les effectifs. Ici, nous avons un très bon taux de naissance. Malgré les difficultés et les risques d’avortements pour les juments, notre présence constante durant les mises bas nous fait atteindre aujourd’hui les 100% ! Ce qu’on a, c’est encore petit, mais c’est énorme. Chaque naissance est importante pour sauver la race ! », souligne Alain. L’association travaille également en collaboration avec des chercheurs INRA pour améliorer l’alimentation et la fécondation des chevaux de trait. A côté de l’élevage, l’accent est mis sur la sensibilisation du plus grand nombre. Béatrice et Alain accueillent des stagiaires d’établissements d’enseignement agricole et organisent des visites scolaires, « pour faire du cheval poitevin un outil pédagogique et le faire connaître des enfants ». Chaque année ont lieu des rencontres et des compétitions d’attelage où sont invités de nombreux touristes, afin d’élargir le clan des initiés. Et ça marche ! Plus de quarante adhérents se sont inscrits depuis la création de l’association. Certains n’ont pas de cheval, par manque de place ou de moyens, mais veulent quand même participer au sauvetage.
Pour Alain, le cheval de trait poitevin est un patrimoine vivant à préserver, au même titre que les vieilles pierres. Dans le pré voisin de la ferme, un étalon nous surveille. Très protecteur, il se place devant les juments et les poulains, mais sans agressivité. Le troupeau est soudé, nez contre nez, comme un troupeau de chevaux sauvages. Très proches les uns des autres, presque caressants. « Résine », petite pouliche malicieuse, vient à notre rencontre, et l’étalon laisse faire. S’en suit une séance de câlins mémorable, qui, pour Béatrice, est le lot quotidien, dont elle s’acquitte avec bonheur. Dans le pré suivant, nous rendons visite à « Quartier », un jeune mâle récupéré chez un éleveur qui le destinait à l’abattoir. C’est de loin le plus « collant ». Alain évoque une forme de « reconnaissance » chez ce cheval, heureux qu’on l’ait sorti de l’enfer pour l’emmener au paradis. Douceur, caresses, harmonie. Il se dégage ici un bien-être communicatif, et l’on voudrait rester le plus longtemps possible auprès de ces chevaux qui nous invitent avec douceur dans leur paradis sauvage.
Le Poitevin ou Trait mulassier : carte d’identité
Ancêtres : descendant des chevaux lourds frisons et brabançons importés de Hollande à la fin du 16e siècle, pour participer à la grande entreprise d’Henri IV : l’assèchement des marais du Poitou.Histoire : père des mules et mulets, très appréciés des moines au Moyen-Age qui s’en servaient pour se rendre d’une abbaye à l’autre. Dans les années 1930, la mule était très populaire, mais la mécanisation de l’agriculture a précipité son déclin.
Taille : 1,55 à 1,65 m (femelle) et 1,65 à 1,70 m (mâle).
Poids moyen : 750 kg.
Tête : forte et longue, oreilles épaisses, encolure allongée couverte de longs crins.
Allure : puissant et solidement charpenté, épaule longue, poitrine et croupe larges, dos long.
Membres : sabots larges et longs poils, frisés ou en pinceau, autour des genoux et des jarrets.
Robes : blanche, noire, gris cap de maure, alezane, baie, isabelle à raie de mulet.
Association nationale du trait poitevin
Béatrice et Alain NERON
Les Sapins – 03110 Saint-Didier la Forêt.
Tel : 04 70 41 20 09 et 06 87 31 17 60