Julie Delfour

Écrivain et illustratice

Le gris du bourbonnais




Le Gris du Bourbonnais est un lapin gâté par la nature : charpente fine mais solide, chair tendre, pelage soyeux, belle couleur gris fer et bons rapports en élevage. Pourtant, ce digne représentant de la gent lapine a bien failli disparaître. Portrait d'une résurrection.



Le monde des lapins

Contrairement à une idée reçue, le lapin n'est pas un rongeur mais un lagomorphe. Lors de la mastication, ses mâchoires se déplacent latéralement. Ses dents doivent être usées en permanence car elles sont à croissance continue. Le lapin possède deux paires d'incisives placées l'une derrière l'autre à la mâchoire supérieure, contrairement aux rongeurs qui n'en possèdent qu'une paire. Les pattes arrière sont deux fois plus développées que les pattes avant, et il peut bondir à plus d'un mètre en cas de danger. Enfin, de longues oreilles lui permettent non seulement de recueillir les sons, mais encore de rafraîchir son organisme en cas de forte chaleur, le sang se refroidissant au contact de l'air. Chez le lapin, tout est grand : grandes dents, grandes pattes, grandes oreilles !


Sens

Les yeux du lapin sont disposés de chaque côté de la tête. Il possède une vue panoramique à 340°, mais il voit très mal de près et de face. En revanche, il voit bien la nuit. Autour du museau, des vibrisses très sensibles détectent les obstacles dans l'obscurité et réagissent aux moindres mouvements de l'air. Les grandes oreilles orientables pivotent de manière indépendante et sont ainsi capables de capter les bruits environnants. L'odorat est très développé, et le nez est en constant mouvement.


Reproduction

Les lapins sont célèbres pour leur prolificité. Une femelle peut se reproduire de cinq mois à cinq ans, et elle est à nouveau réceptive dès le lendemain d'une mise bas. Les petits naissent nus et aveugles, mais ils se développent rapidement et sont autonomes et sevrés à un mois. Dans la nature, les lapins se reproduisent entre la fin février et le mois de juillet, pour que les petits naissent au printemps ou en été. Mais dans les élevages, la lumière artificielle remplace souvent celle du soleil, et les lapins se reproduisent toute l'année, ne connaissant plus les saisons.


Races

On dénombre en France 57 races de lapins. Certaines sont destinées à l'élevage pour la viande ou la fourrure, d'autres, comme les lapins nains, sont appréciées pour la compagnie. Certaines se raréfient et menacent de s'éteindre tandis que d'autres apparaissent, créées par les éleveurs. Il est important de préserver la diversité génétique des races de lapins pour pouvoir en créer de nouvelles ou pour lutter efficacement contre les maladies.


La naissance d'une race

C'est dans l'Allier, à Izeure, qu'Alexandre Chaponnaud, éleveur de Gris normand, donne naissance au lapin Gris du Bourbonnais. Il entreprend une sélection rigoureuse afin de créer une race régionale de valeur. En 1920, après la guerre, le Gris du Bourbonnais est présenté pour la première fois au concours international de Moulins, puis reconnu en exposition internationale à Vichy en 1921. Un nouveau lapin est né. La texture et la couleur de son pelage le font particulièrement apprécier des négociants en peau parisiens. Mais il connaît une baisse de popularité dans les années 1970. Discret dans les expositions, il continue à être élevé dans les clapiers familiaux, ce qui le sauvera de l'extinction.


Caractéristiques de la race

Le Gris du Bourbonnais est unique. Un standard a été adopté par la S.F.C. en 1927 et homologué par la Fédération Nationale des Sociétés d'Aviculture de France en janvier 1927. Animal vif, le Gris du Bourbonnais est de forme allongée et harmonieuse. Son corps est ramassé, arrondi sans être massif, et l'arrière-train laisse entrevoir la cuisse légèrement proéminente. La masse musculaire est importante et les régions fessières très charnues. La tête est légèrement busquée, les oreilles sont droites, de longueur moyenne et portées en V. La fourrure est courte, dense et lustrée. Quant à la couleur de la robe, qui a donné son nom à la race, elle est grise régulièrement piquetée de noir et plus claire sur le ventre. L'ensemble est « gris de fer », la sous-couleur est bleu ardoisé, l'entre-couleur brunâtre et la queue noire dessus, gris clair dessous. L'œil brun est cerclé de gris clair.


Elever des Gris du Bourbonnais

Le Gris du Bourbonnais est un excellent sujet de clapier. Prolifiques, les lapines mettent au monde environ sept petits par portée. Ils grossissent et se développent rapidement jusqu'au sevrage, les mères étant de très bonnes nourricières. Les éleveurs et les consommateurs apprécient la qualité de sa chair, tandis que les négociants en peau recherchent la couleur métallique de son poil fin et soyeux. Pour Jean-Claude Osbild, éleveur en Moselle et membre du Club européen de lapins Gris du Bourbonnais, il mérite de reconquérir ses lettres de noblesse : « Il faut sauvegarder cette race formidable qui, pour autant de qualités, mérite une place de choix dans le patrimoine génétique cunicole ».


Le Club européen des éleveurs de lapins Gris du Bourbonnais

Crée en 2003, le Club regroupe une quarantaine d'éleveurs répartis sur 17 départements français, auxquels viennent s'ajouter des éleveurs de Belgique, d'Italie, d'Allemagne et de Suisse. Grâce à leur mobilisation, le Gris du Bourbonnais, quasiment disparu en 1980, reprend du poil de la bête et se répand au-delà de son berceau, le centre de la France. Le Club publie tous les trimestres un bulletin d'information où les éleveurs et amateurs de la race trouvent des conseils d'élevage et les résultats des concours. L'objectif du Club est aujourd'hui non seulement de promouvoir une race méconnue, mais également de suivre et d'encourager son évolution en veillant à la sélection des reproducteurs.


Un éleveur passionné

Jean-Claude Gayet élève des lapins parce qu'il les aime, non pas dans son assiette, mais dans sa maison ! La passion des lapins est d'ailleurs une affaire de famille : le père de Jean-Claude en élevait déjà et a transmis le virus à son fils, le jour de sa communion, en lui offrant son premier couple de lapins : « C'était des béliers français, précise Jean-Claude. J'avais douze ans, et ça a commencé comme ça… ». Aujourd'hui, il est juge international cunicole et a reçu la médaille d'argent du Ministère de l'Agriculture pour le remarquable travail de sélection accompli, depuis plus de vingt ans, sur le lapin Gris du Bourbonnais. Mais la passion l'a conduit a élever aussi des poules et des pigeons, par amour des races et de leur préservation. Son jardin est devenu une véritable arche de Noé où cohabitent harmonieusement lapins et volailles de tous poils et plumes, et même un chat…




L'homme et le lapin : une vieille histoire

Le berceau du lapin de garenne se situe en péninsule ibérique. Des paléontologues ont identifié sa présence sur des fossiles trouvés en Andalousie. L'apparition des lapins est estimée entre 300 000 et 400 000 ans avant JC. Les phéniciens sont les premiers à les découvrir et les répandent dans tout le bassin méditerranéen. Au 9e siècle, ils sont présents dans toute l'Europe.

La caecotrophie, qu'est quoi donc ?

Les lapins mangent fréquemment leurs crottes, mais pas n'importe lesquelles. Ils choisissent les plus molles, appelées « caecotrophes », qui contiennent des vitamines et des protéines. Il s'agit d'un phénomène naturel très « écologique » qui se rapproche de la rumination des vaches.

Lapin ne rime pas avec marin !

Sur un bateau, une très vieille superstition veut que le lapin soit un animal présage de malheur. Ainsi, il est interdit de prononcer son nom à bord d'un navire. Les marins ne parlent jamais de lapin, et s'ils doivent évoquer le sujet, ils s'en sortent par une pirouette : le lapin devient « l'animal à grandes oreilles » ou le « cousin du lièvre »…


Le Club européen des éleveurs de lapins Gris du Bourbonnais
Contact : Jean-Claude GAYET – Le Bourg – 03120 LE BREUIL
Tel : 04 70 99 26 75



Paru dans le magazine Terre d'Auvergne, rubrique « Nature ».


 

Menu