Julie Delfour

Écrivain et illustratice

Chiens des douanes : l'esprit du chasseur




Vingt quatre tonnes de cannabis ont été saisies en France en 2004. Le moyen pour les douanes de contre-attaquer ? Les chiens et leur flair infaillible. Les maîtres-chiens des douanes sont aujourd'hui plus de 350 sur tout le territoire.



14 heures. A Bourg Madame, dans les Pyrénées Orientales, une équipe des douanes quitte ses bureaux pour se mettre à l'affût sur une aire de parking. Raki, superbe labrador noir de quatre ans, et son maître Michel, sont du voyage. Lorsque Michel se prépare, Raki comprend que l'on part travailler. Attentif, il guette le signal. Un geste de la main, et il saute dans le coffre aménagé de la voiture. Un regard échangé, un échange de silences complices, et tout est dit.


L'art du camouflage…

Les trafiquants ont recours à toutes sortes de ruses, des plus rudimentaires aux plus ingénieuses, pour que leur marchandise passe inaperçue. Tandis que les hommes de l'équipe prennent place sur le parking, Michel raconte : « Il nous est arrivé de dénicher, grâce à l'intervention de Raki, 30 kilos de résine de cannabis dans un silencieux de pot d'échappement. Un travail de génie, mais qui n'a pas suffi à tromper le nez du chien ». Pourtant, tous les moyens sont bons pour mettre les chiens en déroute : masticage, emballages sous vide, sachets badigeonnés de moutarde, de poivre ou de café moulu. Mais le flair du chien est habile à déjouer les pièges.


…et l'art du chasseur

Au fil du temps, les douaniers ont réuni une collection de « planques » qu'ils présentent comme autant de trophées : des réservoirs, des pneus, des volants, des planchers aménagés. Les truands sont inventifs et savent brouiller les pistes : « Notre dernière grosse saisie de cocaïne (90 kilos), nous l'avons réalisée dans la voiture d'un couple de retraités de 60 ans ! Là où l'homme hésite parfois à effectuer des fouilles, le chien ne se pose pas de questions : jeune, vieux, bien ou mal habillé, tous les gens y passent, car ce qui motive le chien c'est uniquement son jouet ».


Au travail !

Michel fait arrêter un véhicule. Raki est à l'écart, observe, attend un ordre. A l'appel, il fait d'abord le tour, puis pénètre dans l'habitacle. L'esprit du chasseur est en éveil, comme à chaque fois qu'une porte s'ouvre. C'est comme une chasse au trésor toujours recommencée. Raki tourne, renifle, cherche. Le maître-chien sait reconnaître les signes d'une piste à suivre. « Le chien marque de l'intérêt en agitant la queue, puis mord ou gratte des points précis. Le mouvement de la queue est pour moi le meilleur baromètre ! » sourit Michel en regardant Raki qui lui rend son regard. Et la satisfaction est palpable lorsque Raki flaire, en quelques secondes, un peu de résine de cannabis bien cachée au fond d'une poche de blouson, sous un siège…


Quelles races préférer pour le travail ?

Après avoir longtemps privilégié le berger allemand, les douanes optent pour de nouvelles races ; caniches, labradors, braques, malinois. Mais tous les maîtres sont d'accord sur un point : ce n'est pas la race qui fait le chien. Paul travaille au Perthus, où sont contrôlés chaque jour des milliers de camions. A ses côtés, Odin, un braque allemand de six ans qui ne le quitte pas des yeux. Pour lui, chaque chien a sa personnalité. « Mon premier, un berger allemand, était très calme et méthodique, tandis que ma femelle pointer avait un trop plein d'énergie qu'il fallait canaliser avant le travail. Quant à Odin, mon braque, il est moins exubérant mais plus concentré. Chaque chien est différent ! »


De l'importance du jeu

« Tout passe par le jeu, souligne Michel. On entraîne les chiens à retrouver un jouet imprégné d'odeurs rapidement mémorisées. Lorsqu'ils trouvent, on les récompense en leur lançant un jouet, sans odeurs celui-là, qu'ils rapportent ». L'envie de jouer d'un chiot est déterminante et présage de ses performances futures. Et dans ce domaine, les labradors se font bien entendu remarquer : « Ils aiment vraiment ça, tirer, mordre, gratter avec leurs griffes. Dans une voiture où de la drogue est cachée, il leur arrive de ressortir avec un bout de volant ! »


Le lien entre l'homme et le chien

Inutile de demander à Michel ce que représente pour lui Raki, ces deux-là ne se quittent pas d'un pouce et ne se perdent jamais de vue. « Mon chien est bien plus qu'un outil de travail. Au bureau, c'est un collègue. A la maison, c'est un membre de la famille. Je vis avec lui 24 heures sur 24, alors vous comprenez bien que j'y suis vraiment attaché… ». Son premier chien, Michel l'a gardé douze ans. « A la fin de sa vie, il avait perdu sa vivacité. Il me montrait simplement d'un coup de nez, sans mordre, et on se comprenait. Lui et moi, on formait une équipe ».


Laisser au chien l'initiative

Un chien ne doit pas être une machine à obéir, « il doit pouvoir s'écarter de lui-même d'une voiture qui ne l'intéresse pas pour aller vers une autre, commente Paul. Il faut faire confiance à son flair et ne surtout pas brider son envie de faire quelque chose. Si je suis intransigeant pour l'obéissance, je lui laisse une part d'interprétation, car ce n'est pas une science exacte. C'est ainsi que j'ai les meilleurs résultats, et mon chien m'étonne tous les jours ! »


Formation des maîtres et des chiens

Les futurs maîtres-chiens doivent faire leurs preuves lors de deux stages effectués à l'école des douaniers de la Rochelle . Chaque chien est issu d'un élevage sélectionné. Le chiot arrive chez son maître à deux mois. En famille, il apprend les rudiments de l'obéissance. Dès qu'il atteint l'âge de huit mois, un premier stage débute, où il prend contact avec les drogues douces, avant la découverte des drogues dures, cocaïne et héroïne, lors du second stage.


Premiers chiens douaniers

Les premiers maîtres-chiens furent recrutés pour lutter contre le trafic de tabac et d'alcool. Les contrebandiers, directement menacés, cherchaient eux aussi à posséder des chiens, qu'ils munissaient de colliers à pointes pour neutraliser les attaques de leurs congénères douaniers…

 
 

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