Chats, corbeaux, pigeons
Nos voisins de cité
Emplumés ou poilus, ils vivent en ville, tout près de nous… Des citadins avec lesquels il nous est souvent difficile de partager le droit de cité. Alors, comment cohabiter ? La Ville expérimente divers moyens de rendre leur présence tolérable pour leurs voisins humains.
Il y a ceux qui se plaignent de nuisances (odeur, fientes, bruit intolérables…) et ceux qui se posent en défenseurs des animaux des villes. L'objectif du service Hygiène et salubrité est de concilier ces deux mondes qui se heurtent et s'opposent. Lorsque les nuisances s'accumulent, la Ville intervient afin de résoudre les conflits. Pour toutes les actions entreprises, elle se base sur l'arrêté du 7 mars 2003 et l'article 120 du règlement sanitaire départemental établissant les réglementations en vigueur.
Règlement sanitaire départemental, article 120 (extrait)
Il est interdit de jeter ou déposer des graines ou nourriture en tous lieux publics pour y attirer les animaux errants, sauvages ou redevenus tels, notamment les chats ou les pigeons ; la même interdiction est applicable aux voies privées, cours et autres parties d'un immeuble lorsque cette pratique risque de constituer une gêne pour le voisinage ou d'attirer les rongeurs.Les pigeons
La Ville exerce une surveillance sur les zones à forte concentration. En cas de plainte, elle enquête pour trouver la cause de l'envahissement – le plus souvent le nourrissage intempestif. Dans certains cas, la Ville est amenée à prendre contact avec les propriétaires de maisons laissées à l'abandon afin qu'ils ferment les ouvertures par lesquelles les pigeons entrent et forment des dortoirs. « Les captures de pigeons ne sont pas une solution, car si l'on « vide » un lieu d'un trop grand nombre d'oiseaux, ils le remplissent à nouveau, la nature ayant horreur du vide ! », souligne la responsable du service.Les étourneaux
Les étourneaux soulèvent dans leur sillage les polémiques les plus virulentes. D'année en année, à l'automne et au début de l'été, ils arrivent en nombre. Le jour, ils se nourrissen dans les campagnes. La nuit, ils viennent dormir en ville, trouvant un abri sûr contre leurs prédateurs, un gîte confortable, et des perchoirs avec vue imprenable… « Si on les effarouche trop souvent, cela n'a plus d'effet. C'est pourquoi on attend qu'ils soient tous arrivés pour intervenir ; pour éviter à la fois l'accoutumance et les nuisances sonores pour les riverains ». La Ville organise alors trois ou quatre jours d'action, sur les sites les plus fréquentés que sont le Parc des Sources, la Source de l'hôpital ou le Square Albert 1er.Les corbeaux
Une corbeautière ancienne revient chaque année peupler les arbres en bordure d'Allier et au square du Monument aux Morts. Comme pour les étourneaux, plusieurs techniques d'effarouchement ont été testées : une bande sonore diffusant le cri d'un prédateur ; des fusées sifflantes ou crépitantes. Au bout d'un certain temps, les oiseaux ne s'en préoccupent plus. La technique du captage des nids est donc venue s'ajouter aux précédentes : « En avril, la Ville loue une nacelle pour capter les nids en construction et ainsi contrarier la nidification. Le problème, c'est qu'ils rebâtissent derrière ! » Si les nuisances sont réelles, les plaintes sont cependant moins nombreuses pour les corbeaux que pour les étourneaux.Les rats
Sous nos maisons, derrière nos murs, longeant les caniveaux, aux abords des cours d'eau, les rats gris ou surmulots sont partout en ville. Discrètes présences, ils profitent de nos involontaires largesses ; se nourrissant de nos déchets et établissant leurs nids à l'ombre de nos douillettes installations. Pour lutter contre leur prolifération, une campagne de dératisation a lieu une fois par an dans toute la Ville. S'y associent des opérations ponctuelles, menées sur appel d'un propriétaire par exemple, et sous contrôle du service d'Hygiène et salubrité – les raticides demeurant des produits à manier avec précaution.Les chats
La plupart des chats errants sont contrôlés et identifiés, grâce notamment aux actions conjuguées de la SPA et de l'association Les Animaux dans la Ville (voir encadré). « Pour tous les chats errants qui n'ont pas de propriétaire, on les contacte et ils se chargent de conduire les animaux au refuge ou de les remettre en liberté après les avoir identifiés, tatoués et stérilisés ». Grâce à la vigilance et au travail remarquable des associations, en partenariat avec la police municipale, ces chats ne posent pas de réels problèmes. Pour beaucoup, ils sont d'ailleurs chats des rues la nuit et chat de maison le jour. Un maître, quelque part, attend leur retour !Les Animaux dans la Ville de Vichy
« L'association a été créée en 1990. Notre but est avant tout de venir en aide aux animaux et de faciliter leur intégration dans le paysage urbain », raconte Janine Bedocq, présidente de l'association. Celle-ci fonctionne grâce au travail d'un réseau de bénévoles sensibles à la cause animale. Elle prévient la surpopulation féline au moyen de la stérilisation. Les chats errants capturés sont conduits chez le vétérinaire pour être stérilisés et tatoués au nom de l'association. Ils sont ensuite ramenés sur les lieux de leur capture. « Notre réseau nous informe de leur état de santé. Ensuite, si nous apprenons que quelqu'un cherche un chat à adopter, nous entrons en contact et on procède à un transfert de propriétaire ».Amis pour certains, ennemis héréditaires pour d'autres, tous ces animaux citadins demeurent des animaux, qui par définition ne sont pas toujours contrôlables : « Le but n'est pas de tout éliminer mais de cohabiter. On ne peut tout contrôler, c'est impossible ! » Mais avant de savoir si cela serait possible, ne vaudrait-il pas mieux se demander si cela serait souhaitable de se retrouver dans une ville aseptisée, purgée de toute vie animale – humaine, trop humaine ?...
Pour…ou contre ?
« Nous découvrons avec stupéfaction que nous avons acheté un appartement à Bagdad. En effet, vos services sont en train de tirer des fusées épouvantablement bruyantes et dangereuses dans les jardins de l'Opéra, juste sous nos fenêtres, terrorisant enfants et chien. Au vu de l'affolement insoutenable des oiseaux qui se jettent contre les immeubles, nous imaginons que c'est pour vous débarrasser d'eux que vous nous faites vivre pareille canonnade ? Trouvez-vous humain d'infliger pareille terreur à des animaux ? (…) Monsieur le Maire, imaginez-vous et avez-vous envie de vivre dans un monde sans jeunesse et sans vie animale, sans chants d'oiseaux ? Pas nous. » (Courrier adressé au Maire le 4 juillet 2006).« Permettez-moi de revenir à la campagne d'élimination des nids du 19 au 21 avril dont j'ai suivi le déroulement (…) Les corbeaux entreprennent de reconstruire les nids dès que la grue s'est éloignée et c'est un nombre bien plus élevé de jeunes qui vient grossir les effectifs (…) Les bancs mis en place dans les parcs sont rendus inutilisables par les déjections des freux. Concernant les pigeons, une promenade aux abords de la galerie Napoléon, du Hall et du Parc des Sources suggère, par voie olfactive, la nécessité d'une action d'envergure dans le domaine de la chasse aux volatiles indésirables. Je ne voudrais pas terminer sans évoquer l'incidence désastreuse de l'intervention de toutes les âmes sensibles qui alimentent les oiseaux. » (Courrier adressé au Maire le 23 avril 2004).
Paru dans le magazine « C'est à Vichy », Mairie de Vichy.