Julie Delfour

Écrivain et illustratice

Le roman de Goupil




Une silhouette rousse traverse la plaine comme une flèche aux premières heures du jour. Qui n'a pas reconnu le renard ? Il est sans doute l'un des animaux les plus universellement connus…et méconnus. Car si tout le monde sait à quoi ils ressemblent, moins nombreux sont ceux qui ont percé tous les mystères des renards.



Cousin du loup…et du chat


Compère renard appartient à la famille des canidés, apparue sur terre il y a 40 millions d'années. Les canidés sont présents sur l'ensemble de la planète à l'exception de l'Antarctique. Le renard se décline en 35 espèces réparties dans le monde et divisées en deux grands groupes : les chiens (loup, coyote, dingo, chacal) et les renards, dont le renard roux, qui est le représentant le plus répandu du genre vulpes.
Comme les loups, les renards roux sont des opportunistes capables de se nourrir d'à peu près n'importe quoi. En outre, n'ayant pas de besoins particuliers, ils peuvent vivre et s'implanter à peu près partout. Aussi sont-ils si largement répandus dans le monde.
Mais leur silhouette, museau et oreilles pointus, pattes longues et fines, n'est pas sans évoquer celle des félidés. Comme les chats, ils possèdent un squelette souple, des attaches fines, de longues moustaches et des pupilles verticales. Leur taille se rapproche davantage de celle d'un gros chat que de celle d'un loup. En outre, les comportements des félins et des renards sont souvent proches : ils savent grimper, ont la même attitude de menace et se déplacent de la même manière lente durant la chasse. Les anglais le surnomment d'ailleurs le renard le « cat-like canid » ; le canidé qui ressemble à un félin.


Les saisons du renard


L'hiver annonce le temps des accouplements, dès le mois de décembre. Mâles et femelles, plutôt solitaires le reste de l'année, se rencontrent, se suivent, marquent davantage leur territoire. Les amours sont brèves et peuvent se produire avec plusieurs mâles. Environ deux mois après l'accouplement, la femelle choisit un terrier, préservé des intrus et de l'humidité, pour la mise-bas.
Les naissances ont lieu au printemps, à la mi-mars. Une portée compte entre trois et six petits qui naissent les yeux fermés et ne les ouvrent qu'à leur deuxième semaine. Vers deux mois, les renardeaux tentent une première sortie, sous la surveillance de leur mère. Vers trois mois, leurs personnalités se dessinent et s'affirment.
Quand vient l'été, vers le cinquième mois, les petits s'émancipent, accompagnent leurs parents autour du terrier familial et multiplient les explorations alentour. A cet âge, ils approchent de leur taille adulte.
Enfin, à l'automne, ils quittent le nid. Leur départ peut être progressif – partant de plus en plus loin, de plus en plus longtemps, un jour ils ne reviennent pas – ou plus brutal, disparaissant du jour au lendemain, en quête d'un nouveau domaine.


Des sens aiguisés


L'odorat est le sens le plus fin du renard. Il peut détecter des proies enfouies à un mètre de profondeur, ou repérer l'avancée de n'importe quel danger bien avant de l'apercevoir. Les odeurs jouent aussi un rôle dans la communication : l'odeur forte du renard signale sa présence à ses congénères, au moyen d'un marquage par l'urine, les crottes et les sécrétions glandulaires. L'odeur d'un renard est une sorte de carte d'identité qui renseigne sur son âge, son sexe et sa réceptivité s'il s'agit d'une femelle.
La vue est bonne, surtout à courte distance. Une substance appelée tapetum lucidum réfléchit la lumière et intensifie la moindre source lumineuse. Cette substance est responsable des « yeux jaunes » que nous apercevons parfois dans nos phares quand il fait nuit noire.
L'ouïe est utilisée pour la chasse, associée à l'odorat. Elle permet la détection de petites proies enfouies sous la terre, qui émettent des sons imperceptibles pour l'oreille humaine. Elle est également précieuse pour communiquer, le renard possédant un vaste répertoire sonore pour faire passer des messages, notamment en période de rut.


Un champion de l'adaptation


Maître Renard est le carnivore le plus répandu dans le monde : Asie, Inde, Amérique du Nord, Australie, Afrique du Nord, Europe. Il sait s'adapter partout et atteindre des densités de population record, soit par colonisation naturelle, soit par introduction humaine. Ni l'eau, ni le froid, ni l'homme ne sont des obstacles à sa dispersion. A l'heure où nombre d'espèces sont menacées d'extinction, le renard se porte bien et continue même à s'étendre en Europe.
Sa constitution favorise cette adaptation exemplaire : ni trop grand ni trop petit, il reste mobile et discret, ses sens développés et son intelligence l'aident à trouver sa pitance, et sa fourrure très isolante le préserve des intempéries.
Mais ce qui aide avant tout le renard à survivre en si grand nombre, c'est son absence de spécialisation. Champs, cultures, lisières de forêts, parcs, villes. Il peut vivre partout et a appris l'art d'adapter son régime en fonction des ressources. Un renard mange de tout, pas seulement de la viande. Dans les champs et aux abords des fermes, il se nourrit de campagnols, de lapins et de fruits, d'insectes, d'oiseaux, voire de poisson si l'occasion se présente. Prédateur et charognard, il sait aussi bien manger des cadavres que capturer ses proies. A proximité des hommes, ils se nourrit de poubelles et visite les poulaillers mal protégés.


Une vie pleine de dangers


En dépit de leurs grandes facultés d'adaptation, les renards sauvages vivent une existence très brève. Beaucoup ne dépassent pas le cap des un an, alors qu'ils peuvent vivre jusqu'à vingt ans en captivité. Nombre d'entre eux, dont des renardeaux, sont victimes de collisions avec les voitures. Ceux qui survivent aux accidents doivent s'accommoder de fractures mal consolidées qui handicapent leurs déplacements. Considérés comme nuisibles par les chasseurs, ils succombent au fusil, au piégeage illégal et au poison. Quand ce ne sont pas les chasseurs, ce sont les fermiers qui veulent les éliminer pour son goût des poules. Chaque année, les maladies déciment un grand nombre d'animaux. Si la rage est aujourd'hui en sommeil, demeurent la gale, les parasites et autres vers. Enfin, ceux qui ont résisté à tous ces périls doivent encore échapper à leurs prédateurs naturels : hibou, aigle royal, loup et lynx.


Renard aux deux visages


L'image que nous avons du renard est ambiguë, tantôt fascinante, tantôt sombre. Mythes et légendes populaires mettent en scène un animal « bipolaire », à la fois positif et négatif. D'un côté, il est le porteur de la rage, associé à la mort et à la maladie. Certains en font une incarnation du diable, avec sa fourrure rousse et son naturel fuyant. Pour d'autres, il est « nuisible » et « puant », et ce dès le Moyen Age. A l'instar d'autres prédateurs, il a mauvaise réputation et il est perçu comme un concurrent de l'homme ou une menace pour les moutons et les volailles. C'est pourquoi on multiplie les tentatives d'élimination, aussi acharnées qu'injustifiées.
D'un autre côté, on admire son intelligence et sa ruse. Il est un esprit protecteur de la forêt. Dans les campagnes, clouer une tête de renard au-dessus de sa porte était censé éloigner les sorcières. Une légende raconte qu'un renard voulant manger un hérisson urine sur lui pour ne pas qu'il se mette en boule et pouvoir le croquer…


Les romans de Renard


Le renard a connu son heure de gloire en littérature au XIIIe siècle avec le Roman de Renart, où un goupil rusé se joue d'un loup qui l'est beaucoup moins. Chez Jean de La Fontaine, au XVIIe siècle, il est l'animal le plus cité des Fables, toujours intelligent et rusé, rarement pris en défaut. Au XVIIIe siècle, les histoires naturelles lui attribuent un visage très humain. Buffon le dépeint « circonspect, ingénieux, prudent et fameux par ses ruses ».


Cousin de l'homme…


« Levé avant le jour, couché tard dans la nuit, parfois ne dormant que d'un œil, cherchant sa subsistance, chassant, vivant : l'homme ou le renard ? », écrivait Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince. Si le renard nous fait si peur, c'est peut être parce qu'il nous ressemble trop ? Sa ruse, son intelligence si proche de la nôtre et dont nous savons le pouvoir, ne nous rassure guère. Il suffit de voir l'influence de la ruse du renard dans le langage courant. « A renard, renard et demi », disait-on en 1610. « Renarder » signifiait « ruser », tandis que la ruse se disait « goupillage » ou « renardise », et un « renaré » était un rusé.

Il y a entre l'homme et le renard une sorte de défi implicite : c'est à qui prendra le dessus et vaincra l'autre. « Pour fin et rusé que soit le renard, plus fin est celui qui le prend »…



Fiche d'identité


Nom scientifique : Vulpes vulpes.
Classe : mammifère.
Ordre : carnivore.
Famille : canidé.
Genre : vulpes.
Silhouette : fine, souple.
Couleur : ventre blanc, pattes noires, pelage variant du jaune pâle au brun roux.
Longueur tête+corps : 66 cm (mâle)-63 cm (femelle).
Queue : 40 cm (mâle)-37 cm (femelle). Longue et touffue, terminée par un pinceau blanc.
Poids : 6,2 kg (mâle)-5,2 kg (femelle).
Régime : omnivore, opportuniste.
Longévité : 5 ans.


Quand le renard « mulote »


Après avoir localisé une proie à l'oreille, le renard s'immobilise. En un éclair, il bondit jusqu'à quatre mètres de hauteur, ajuste son « tir » et s'abat sur un rongeur surpris, assommé par le choc. On dit qu'il « mulote », bien que ses rongeurs favoris soient des campagnols.


Des renards en ville


En périphérie des villes, les maisons avec jardin se sont multipliées. Peu à peu, les renards y ont pointé leur museau, avant de s'enhardir jusque dans le cœur des grandes villes. Avec l'augmentation des ordures ménagères, la présence de rongeurs et l'aménagement d'espaces verts, tout est réuni pour leur offrir une vie facile.


Renard est passé par là…


Plusieurs indices peuvent trahir le passage d'un renard. Le marquage par l'urine dégage une odeur forte très particulière. Quant aux crottes, elles sont déposées bien en évidence sur des endroits stratégiques proéminents. On peut aussi apercevoir des empreintes dans sol meuble ou la neige, ou encore quelques poils accrochés aux clôtures de fil barbelé. Si le renard a capturé une proie, il est possible de découvrir des restes, mais ils sont souvent enterrés.



Paru dans le magazine Terre d'Auvergne, rubrique « Nature ».



 

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