Du jeu comme d'un langage
Pour la majorité des mammifères, le jeu fait partie de la vie. C'est aussi le cas pour nos chiens et nos chats. Jouer participe à leur croissance, parfait leur équilibre et l'acquisition de leur identité. Plus tard, il les aide à tisser et renforcer les liens sociaux au sein de leur espèce, voire avec des espèces différentes, dont l'homme fait partie !
Le jeu est une notion complexe à multiples facettes. Sa définition, tout comme celle de sa fonction, ne sont donc pas aisées. Pour en brosser les lignes de force, on peut affirmer que le jeu est nécessaire au bon développement, tant physique que psychique, de l'animal. Les éthologues le définissent comme une activité volontaire qui permet à la fois d'améliorer des comportements innés et d'en acquérir de nouveaux. Ils reconnaissent trois types principaux de jeux. Les « jeux locomoteurs » sont en quelque sorte une manière de prendre de l'exercice. Puis viennent les « jeux d'objets et de prédation », pour s'entraîner à la capture d'une proie tout en coordonnant mieux ses mouvements. Enfin apparaissent les « jeux sociaux », courses-poursuites, jeux de cache-cache et autres simulations de combat.
Le jeu, c'est sérieux
Au début, chiots et chatons jouent plus par nécessité que par distraction. Le jeu est une activité vitale : il sert à apprendre la vie. Jouer est un moyen de « répéter » les postures de communication entre congénères. Le chiot s'exerce d'abord avec ses frères et sœurs. En jouant, il découvre les postures de chasse, d'attaque, de poursuite, de dominance ou de soumission. Certains simuleront des attitudes sexuelles. D'autres s'exerceront à achever une proie en secouant un jouet en tous sens. Provocations, poursuites et menaces enseignent les comportements adultes. Finalement, on se frotte à la vie de la manière la plus simple : en s'amusant ! Le chaton apprend de la même manière les rudiments des comportements de son espèce. En appartement, il faut encourager le jeu afin qu'il puisse dépenser son énergie. Courir, sauter, mordiller et griffer…les bêtises sont recommandées !Le jeu est un plaisir…
Si dans la vie des plus petits le jeu s'impose comme une nécessité, la dominante du jeu chez l'adulte est cette capacité à mettre la vie réelle entre parenthèses, à l'en distraire, juste pour le plaisir de jouer. L'adulte joue une fois libéré des contraintes de la vie quotidienne comme le stress, la peur, la faim, la reproduction. Le jeu est donc d'abord une activité intentionnelle qui se déroule dans un contexte de détente et de liberté. Quand un chien cherche un partenaire de jeu, il adopte une série de comportements spécifiques, tout à fait identifiables par ses congénères. L'offre consiste à apporter un objet au partenaire pressenti, à le déposer à ses pieds, puis à attendre sa réponse. Quand l'autre, homme ou chien, tente de le lui dérober, il s'en empare brusquement et s'enfuit. La fuite éveille en général l'instinct de poursuite du prédateur. S'il démarre, c'est gagné : le jeu est engagé !…et un langage
Les éthologues ont souligné la faculté qu'on certains animaux évolués d'acquérir des signaux spécialisés ; d'apprendre une sorte de métalangage. Ces signaux vont agencer les séquences ludiques des jeux sociaux. Si certains sont très spécifiques, d'autres sont communs à plusieurs espèces, voire universels au sein de certains groupes. Aussi les primates utilisent-ils le fameux « sourire » pour signaler leur entrée dans le jeu. De la même manière, le « sourire » du chien, babines étirées en arrière, est une caractéristique de l'invite au jeu. Le langage se développe ainsi avec l'âge et les mots prennent un tout autre sens, rejoignant celui des sens et du plaisir… D'abord langage de la nécessité, le jeu devient langage du plaisir et de la liberté. Bref, le langage de la vie !Jeu et comportements violents
Si le jeu reste normalement inoffensif, il peut dans certains cas dégénérer. Il arrive que des chiens jouent de manière brutale, voire dangereuse. C'est une déviation comportementale qui trouve son origine dans les premières étapes du développement. A quelques semaines, les chiots simulent des batailles. Ils s'infligent des morsures douloureuses mais sans gravité. Peu à peu, voyant que ces morsures finissent par amener le partenaire à interrompre les parties endiablées, ils apprennent à doser la force de leur mâchoire. C'est la réaction des congénères, de la mère notamment, qui conduit le chiot à moduler son comportement. Mais les chiens élevés dans l'isolement sont privés de cette phase essentielle de jeu avec l'autre. Sans possibilité de tester les réactions d'un partenaire, rien ne les incite à contrôler leur force.Article paru dans le magazine Santé Pratique Animaux, rubrique « Leur quotidien ».