Julie Delfour

Écrivain et illustratice

Comment prendre soin du cheval qui vieillit ?


Entretien avec Jean-Marie Laudat, président du Comité départemental d'Équitation du Lot




Tout au long de sa vie, Jean Marie Laudat s'est penché sur le sort des chevaux âgés auxquels il veut offrir une retraite et une fin de vie décente. Il se bat pour que le monde de l'équitation prenne en considération la dernière partie de la vie du cheval et non plus seulement sa « carrière ».


D'où vous vient cet amour du cheval ?

C'est une passion familiale. Mon père a toujours été un grand protecteur des animaux et un passionné de cheval et d'élevage. Il s'occupait d'un club dans le Var où il enseignait une équitation classique et se consacrait au dressage et au débourrage d'une soixantaine de chevaux. Je suis monté sur le dos d'un cheval à quatre ans pour la première fois. Mon père a dit : « On en fera un cavalier ». C'est ainsi que tout a commencé !


Comment en êtes-vous venu à vous pencher sur le sort des chevaux âgés ?

En 1970, j'ai été victime d'un accident de la route, qui m'a contraint à abandonner ma carrière de cavalier. A la même époque, j'ai reçu un appel de la fondatrice du domaine de Pech Petit, une écurie pour chevaux à la retraite située dans le Lot. Elle m'a proposé de m'occuper du domaine et j'ai accepté. Je m'y suis installé en 1976 avec l'intention de venir en aide aux chevaux âgés. Et j'ai veillé sur eux pendant trente ans !


Pourquoi avoir choisi le Domaine de Pech Petit ?

Parce que c'est la première maison de retraite pour chevaux qui a été créée en France et qu'elle est entièrement dédiée aux animaux vieillissants. La qualité du sol et les grands espaces libres du Lot permettent de bien s'occuper d'eux et de leur offrir ce dont ils ont besoin. Mais il restait du chemin à faire pour que Pech Petit ne se contente pas d'être un simple mouroir. C'est ce défi que je voulais relever.


Et qu'avez-vous apporté à ces chevaux ?

J'ai débarqué ici avec mon savoir-faire. Il ne suffit pas d'aimer les chevaux : un vieux cheval a besoin d'attentions spécifiques. Il y a tout un processus à respecter. Il faut instaurer un rythme, ne pas changer trop brutalement les habitudes. Un cheval qui a connu le confort dans sa jeunesse et qui se retrouve soudain livré à lui-même en extérieur sera souvent inquiet et ne se couchera qu'au petit matin, craignant instinctivement l'attaque d'un prédateur. Il brûlera alors plus de calories sans être nourri en conséquence, et maigrira…


La nourriture est importante pour les chevaux. C'est aussi le cas pour le cheval âgé ?

Oui, et sans doute davantage. Car le vieux cheval qui commence à perdre ses dents assimile moins bien la nourriture fibreuse, l'herbe ou le foin. Cela devient plus difficile de le maintenir en forme et il faut empêcher qu'il maigrisse trop. Les granulés en complément alimentaire, quand ils sont de bonne qualité, sauvent beaucoup de chevaux. Ce n'est pas vrai qu'un vieux cheval est décharné – c'est une idée trop répandue. On avait à Pech Petit des chevaux de 40 ans ronds comme des billes !


Comment faire alors pour les maintenir en forme ?

Les maîtres mots sont la surveillance et la prévention. La nourriture doit être adaptée à la dentition de chaque cheval. Quant à la quantité, elle dépend de l'activité du cheval. L'idéal est de fragmenter les repas en trois prises par jour, en ajoutant de l'eau claire à volonté et un peu de variété (pommes, carottes, avoine) pour redonner l'envie de manger. Quand on dit aimer son cheval, il faut s'en donner les moyens, et ce jusqu'à la fin de sa vie. La carotte, ça ne suffit pas !


Et concernant les soins vétérinaires ?

Les soins doivent être confiés à des spécialistes expérimentés. Je veille tout particulièrement à la qualité du dentiste et du maréchal ferrant. Car après 20 ans, les chevaux souffrent souvent des dents ou des pieds, ce qui peut rapidement les amener à perdre du poids. Je me souviens d'un pensionnaire de Pech Petit qui maigrissait. Je l'ai observé de loin pour comprendre : il se laissait dominer par les autres et du coup, il ne mangeait pas. Tout cela venait du fait qu'il avait mal aux pieds. Après un bon parage, ses douleurs ont disparu. Il a repris sa place dans le groupe et a recommencé à bien manger…


Justement, à côté de l'aspect médical, que dire de la psychologie du cheval ?

Il faut souligner que chaque cheval est différent, dans un contexte différent. Aucun n'a vécu les mêmes choses. Nous avons tous notre personnalité. Les chevaux aussi ! Ils ont leurs habitudes et perdent facilement leurs repères quand on leur enlève leur ancienne vie. Alors, il faut les rassurer avec des choses simples : une bonne nourriture, des soins des pieds et des dents… mais aussi un toilettage régulier de la crinière et un pansage pour aérer le poil. Sans oublier les caresses !


Que vous ont appris, en définitive, ces années passées auprès des chevaux retraités ?

Pour moi, tout passe par l'observation du cheval, à la fois dans son groupe et lorsqu'il est seul. Il faut prendre en compte le passé et la personnalité de chaque animal. Repérer les amitiés et les inimitiés. Ne pas les laisser livrés à eux-mêmes sans attention. Il faut beaucoup de patience, de psychologie et d'anticipation. On peut alors résoudre bien des problèmes d'amaigrissements « inexpliqués » et amener les chevaux vers des âges respectables, au-delà de 40 ans.


Que souhaitez-vous faire à l'avenir pour poursuivre votre combat ?

Je souhaite continuer à montrer aux gens comment s'occuper de leur vieux cheval et leur donner envie de le garder longtemps auprès d'eux. Quand cela n'est pas possible, il reste les maisons de retraite. Il y en a de plus en plus en France. Je voudrais pouvoir leur apporter mon expérience et soutenir des actions en faveur des chevaux retraités. Ainsi, je suis le parrain de l'association « Cheval 3e âge » dans l'Aude. Sa fondatrice est venue me demander conseil et a créé cette association pour sauver des chevaux de haras destinés à l'abattoir. Elle a acquis depuis une grande connaissance du cheval par l'observation.



Paru dans le magazine Cheval au Naturel.

 
 

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