Les chiens et les odeurs
Près de 200.000 cellules olfactives par cm² de surface sensible, contre seulement 5.000 chez l'homme. Des récepteurs sensoriels sur le museau détectant le moindre changement de température. La perception des odeurs chez le chien est bien supérieure à la nôtre.
Communiquer et marquer son territoire
L'odeur est essentielle à la communication entre chiens. Elle les informe sur les objets présents dans leur environnement, bien mieux que ne le ferait le seul contact visuel. Un flairage réciproque permet de déterminer de manière infaillible le sexe, l'âge, voire le statut social de l'autre.En outre, le marquage par l'odeur est la carte de visite du chien, aussi unique que le sont nos empreintes digitales. La fonction excrétoire a un rôle qui va bien au-delà du simple soulagement physique. Et la sélection menée par l'homme en près de quinze mille ans de domestication n'a que peu modifié cette fonction naturelle.
Le marquage du territoire est un comportement inné, hérité des ancêtres sauvages, les loups. Mais dans nos sociétés urbaines, le territoire à marquer pour le chien devient…la maison de son maître.
Le chien en maison ou en appartement
Apprendre à son chien à faire ses besoins hors de la maison est facilité par un comportement hérité, une fois encore, des loups. En effet, les ancêtres sauvages ont transmis aux chiens leur capacité innée à nettoyer leur tanière. Une capacité favorisée par la sélection naturelle, puisque les individus tenant leur tanière propre étaient moins sujets aux maladies et donc plus aptes à se reproduire.Par un phénomène de substitution dans l'esprit du chien, la maison du maître, ou la niche s'il vit à l'extérieur, devient vite sa tanière, et il fait naturellement en sorte de la garder propre. On retrouve ce même comportement chez d'autres animaux sédentaires, dont nos chats domestiques qui rechigneront toujours à souiller leur maison. Vers l'âge de deux mois, les chiots déposent urine et excréments le plus loin possible de leur lieu de vie.
L'odeur du chien : sa carte d'identité
Chaque chien possède deux glandes situées de part et d'autre de l'anus. Elles contiennent une phéromone, un signal chimique caractéristique, qui révèle l'identité de l'animal à un autre venu le renifler. Deux chiens qui se rencontrent vont commencer par se flairer mutuellement la région de ces glandes odorantes, et faire ainsi connaissance. Ils savent « d'une respiration », comme nous d'un regard, à qui ils ont affaire. Mais pour nous rien n'est aussi simple, et nous nous trompons bien plus souvent !
D'autres glandes font également office de marque identitaire. Elles sont placées entre les doigts et déposent une odeur lorsque le chien gratte le sol.
Rendre son chien plus humain…
Le monde des odeurs offre aux chiens de multiples possibilités d'expression et de communication. Il leur donne l'opportunité de se rencontrer et de faire connaissance. Il fournit des renseignements précis, très utiles pour deviner et cerner la personnalité ou les intentions d'un congénère.Malheureusement, ces odeurs si riches de sens, si importantes dans la vie du chien, ne le sont pas forcément dans celle de son maître. Souvent, on s'efforce, sans en mesurer les conséquences, de rendre son chien…plus humain. Plus « olfactivement correct ». L'industrie des produits pour animaux s'empresse de répondre à ce désir de changer une odeur désagréable en une odeur plus convenable. Aussi trouve-t-on des shampooings pour chiens délicatement parfumés aux essences florales, des lingettes pour nettoyer les pattes après la promenade, et même une ligne de parfums… « Oh my dog ! », fleuron de la création pour chiens chics, vient imposer la meilleure des « bonnes » odeurs possible.
« Oh my dog ! »
Ils sentent bon, certes. Mais seulement pour nous ! Car en ce qui les concerne, les narines de nos pauvres chiens ne sentent plus rien. Dans leur univers de chien, cette odeur délicieuse est un cauchemar. C'est toute leur vision du monde qui est perturbée. Mettons-nous un peu à leur place : impossible de se faire connaître ni de reconnaître l'autre, qui il est, ce qu'il veut, ce qu'il dit. Un peu comme si dans notre monde à nous, des chiens décidaient de brûler nos cartes d'identité, sous prétexte qu'elles sentent mauvais… De la science-fiction pourtant très proche de la réalité.Alors, quitte à renoncer à lui donner l'odeur d'un bouquet printanier, ne vaut-il pas mieux laisser à notre chien sa « propre » identité ?
Paru dans le magazine Chiens 2000, rubrique « Comportement ».