Le jeu
« Je joue, donc je suis »… Le jeu a un rôle prépondérant dans l'acquisition de l'identité. Il se révèle indispensable à la croissance et à l'équilibre du chiot. Chez le chien adulte, il permet de créer ou de renforcer les liens sociaux tissés avec ses partenaires, humains ou animaux.
Jeu et apprentissages
Le chiot commence par jouer avec ses frères et sœurs. Peu à peu, le jeu devient de plus en plus élaboré. Tous les aspects du comportement adulte prennent forme et sont maîtrisés par le simple fait de s'amuser. Provocations, poursuites, menaces. Le chiot apprend à coordonner ses mouvements. Au cours du jeu, il saute, court, change brusquement de direction, se roule par terre, effectue des départs rapides ou des contorsions parfois spectaculaires. Les relations entre chiots se développent ainsi, avec des combats « pour jouer » où vont se définir, déjà, les statuts de dominant ou de dominé.Jeu et socialisation
Le chiot grandit, et le jeu va l'aider à s'adapter à sa vie de chien adulte. Jouer est un bon moyen d'exercer les postures typiques de communication entre congénères. C'est en jouant avec l'autre que le chiot découvre les postures de la chasse, de l'attaque, de la poursuite ou de la soumission. Les tentatives de « rapt » du jouet d'un congénère et leur résultat seront importants pour décider de son statut hiérarchique. Certains individus pourront simuler des attitudes sexuelles, même si leurs hormones sont encore en sommeil. D'autres pourront s'exercer à défendre leur proie en secouant un jouet en tous sens.Sollicitations au jeu
Quand un chien cherche un partenaire de jeu, il adopte une série de comportements bien spécifiques, tout à fait identifiables par les congénères.L'offre consiste à apporter un objet au compagnon pressenti, à le déposer à ses pieds (s'il s'agit d'un humain) ou à ses pattes (s'il s'agit d'un autre animal), puis à attendre sa réponse. Parfois, le chien peut s'asseoir devant lui, le fixer d'un regard suppliant et lever une patte avant en brassant l'air. Quand l'autre, homme ou chien, tente de s'en emparer, il saisit alors brusquement le jouet et s'enfuit avec. Si l'autre le poursuit, il a gagné : le jeu est engagé !
La révérence canine est une posture souvent décrite par les comportementalistes. Les oreilles pointées vers l'avant, le chien halète d'excitation. Sa queue s'agite, en position haute. Les pattes avant et le ventre sont couchés sur le sol, comme si le chien s'étirait, train arrière en l'air, en extension.
Le « sourire » du chien est également caractéristique de l'invite au jeu. Babine étirées en arrière, la mâchoire est entr'ouverte sans qu'on aperçoive les dents – les muscles faciaux sont dans la position inverse de celle du chien agressif.
L'incitation à la poursuite fait bondir le chien en avant. Une morsure feinte ou un coup de museau précèdent un autre bond, cette fois en arrière, et une fuite en courant. La fuite réveillant en général chez le compagnon l'instinct de poursuite commun à tous les prédateurs.
Un chien dominant qui veut jouer avec un congénère devra d'abord le rassurer en prouvant ses intentions pacifiques. Il s'allonge donc au sol et montre son ventre, qui est la partie de son corps la plus vulnérable. Cela indique son absence d'agressivité et engage l'autre à accepter de jouer avec lui.
Ces différents comportements et postures sont totalement inoffensifs. Mais certains d'entre eux peuvent être confondus avec une attitude agressive, et il convient de bien faire la différence. Seul l'homme peut s'y tromper, car entre chiens, le message et clair et ne prête pas à confusion.
Jeu et comportements violents
Si dans le jeu le chien reste normalement inoffensif et ne montre aucun signe d'agressivité, il peut arriver que l'amusement initial dégénère en violence. De nombreux chiens jouent de manière brutale, parfois dangereuse. C'est une déviation comportementale qui trouve son explication dans les premières heures du développement du chiot. A quelques semaines, les chiots commencent à simuler des batailles. Avec leurs petites dents pointues, ils s'infligent des morsures douloureuses mais sans gravité. Peu à peu, ils apprennent à contrôler et à doser la force de leur mâchoire, car les morsures finissent par amener le partenaire à interrompre les parties endiablées. Naturellement, cette réaction conduit le chiot à adapter son comportement. Mais les chiens élevés dans l'isolement sont privés de cette phase essentielle de jeu avec l'autre. Sans possibilité de tester les réactions d'un partenaire, ils n'acquièrent pas l'auto-contrôle de leur force.Ceci peut créer de graves problèmes à l'âge adulte. Pourtant, beaucoup de drames auraient pu être évités en ne privant pas trop tôt le chiot de sa mère et de ses frères et sœurs. Ce sont eux qui lui enseignent, au cours des premiers mois de sa vie, le savoir-jouer, le savoir-vivre…
Paru dans le magazine Chiens 2000, rubrique « Comportement ».