Julie Delfour

Écrivain et illustratice

Fugues et vagabondages




Dans nos sociétés de plus en plus urbanisées, nos chiens vivent en milieu fermé. Espaces clôturés, petits jardins, appartements, chenil. Peu d'entre eux ont le loisir de courir chaque jour en pleine campagne. Dans ces conditions, le besoin et la nostalgie des grands espaces peuvent se faire sentir…



Du côté des loups

Une fois encore, les comportements des loups aident à décrypter ceux des chiens domestiques, y compris pour les animaux des villes.
Le territoire de chasse d'une meute peut atteindre plusieurs dizaines de kilomètres carrés. Les loups s'éloignent régulièrement de leurs tanières, parfois durant plusieurs jours, pour partir à la chasse. Ils partent en quête de proies pour se nourrir, ou de femelles pour s'unir et se reproduire. De longues excursions sont également un moyen d'explorer les alentours.
Le chien qui s'éloigne de sa maison pour aller voir ce qui se passe au-delà de son territoire suit donc un comportement inné, hérité des loups.


Pourquoi fuguer ?

Suivant son instinct, le chien va vagabonder à l'appel de stimuli extérieurs. Ceux-ci sont assez forts pour pousser l'animal à s'éloigner de ses maîtres, même s'il y est très attaché.
Parmi ces stimuli, on retrouve le besoin d'explorer qu'il tient des ancêtres sauvages. Il peut aussi partir à la chasse, attiré par une source de nourriture, l'odeur d'un animal blessé ou d'une charogne.
La rencontre d'autres chiens, particulièrement de chiennes en chaleur, est un motivation au voyage. Un tel bouquet d'odeurs, pour lui merveilleuses, peut l'entraîner bien loin de chez lui.
Certains chiens fuguent pour se rendre chez un voisin accueillant, qui lui donne à manger, joue avec lui ou possède des animaux qui l'attirent chez eux.
D'autres partiront sur les routes à la recherche de leurs anciens maîtres si on les a fait changer de vie pour diverses raisons (divorce, abandon, problèmes familiaux). Un chien victime de ses maîtres cherchera, malgré ce qu'ils lui ont fait subir, à les retrouver. Dans d'autres cas plus ponctuels, la peur de l'abandon peut pousser un animal à s'enfuir du chenil où ses maîtres l'auront laissé pendant leurs vacances.
On peut parfois trouver des chiens ayant quitté leur domicile à la suite d'une grosse frayeur. Dans ce cas précis, la fuite est une réaction instinctive au stress causé par un événement violent ou un bruit inattendu, tel l'explosion d'un pétard ou le tir d'un feu d'artifice. Orage, catastrophe naturelle ou tremblement de terre : le fameux « sixième sens du chien » peut parfois les détecter bien avant qu'ils ne se produisent.
Enfin (les cas sont heureusement rares), la fugue peut-être la conséquence d'un trouble pathologique grave, comme la rage ou les maladies cérébrales à un stade d'évolution avancé.
Mais à l'exception de ce dernier cas, le chien fugueur, même s'il s'éloigne beaucoup, n'oublie jamais le lien qui l'unit à ses maîtres et revient vers eux si rien d'extérieur ne l'en empêche.


Comment prévenir le vagabondage ?

On peut tirer parti de la souplesse et des grandes facultés d'adaptation du chien pour l'habituer progressivement à rester dans un espace restreint.
Si votre chien doit vivre en appartement ou passer quelques jours dans un chenil, il faut l'habituer très tôt à vivre dans ces situations et à les accepter, même si ce ne sont pas des conditions de vie idéales. De longues promenades en plein air compenseront les frustrations causées par l'enfermement.
Le sentiment d'abandon est un facteur de stress et de fugue important, surtout chez les chiens qui n'ont pas fait, étant jeunes, l'expérience de la solitude. Là encore, mieux vaut habituer le chiot à votre absence un peu chaque jour, afin qu'il supporte sans stress une plus longue absence.
Pour les promenades et la vie quotidienne, adoptez des rythmes réguliers. Mieux vaut en effet alterner régulièrement enfermement et sorties, car les extrêmes ne feront que déstabiliser votre chien et accentuer ses tendances au vagabondage. Par exemple, certains maîtres pensent souvent compenser une longue période d'enfermement par une longue période de liberté totale, pendant le week-end ou les vacances. Or, loin de suivre cette logique, le chien, qui au cours de la première période se sera senti frustré et privé d'exercice, pourra chercher à s'enfuir pour rattraper le temps perdu. Ainsi, beaucoup de chiens citadins se retrouvent livrés à eux-mêmes durant les vacances, causant des dégâts aux troupeaux en montagne ou faisant des ravages parmi les animaux de ferme.

Votre chien est intelligent et prêt à s'adapter. En respectant ses rythmes de vie, en lui proposant régulièrement des périodes d'exercice, de jeu, des moments de complicité pour compenser les moments de solitude et d'enfermement, il peut apprendre à adopter vos règles. Un compromis entre vos activités, votre travail et son besoin de régularité et d'espace n'a rien d'impossible.
Lui, ce qu'il aime par dessus tout, c'est vous faire plaisir. Vous, vous pouvez sans trop d'efforts en faire autant pour lui… Et vos relations seront alors des plus harmonieuses.



Paru dans le magazine Chiens 2000, rubrique « Comportement ».

 
 

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