Julie Delfour

Écrivain et illustratice

La défense




Comme souvent en matière de comportement canin, la défense est une affaire d'instinct. A l'instar du loup, son ancêtre, le chien défend son territoire. En respectant quelques règles simples de « savoir-vivre » auprès de son animal, on peut vivre une relation privilégiée avec lui, et l'aimer autant qu'il nous aime.



Défendre son territoire

Le comportement de défense est inné. Il a été entretenu et développé par le processus de domestication. Les hommes ont sélectionné les individus aux aptitudes de garde et de défense les mieux marquées.
Le fonctionnement de ce comportement est simple. Pour le chien, la maison de ses maîtres est l'équivalent de la tanière du loup. Comme lui, il est prêt à la défendre contre toute intrusion. Il peut, dans certains cas, devenir particulièrement possessif à l'égard d'un objet de la maison : il le défendra alors avec acharnement et interdira quiconque de s'en approcher. Il peut s'agir d'à peu près n'importe quoi : un de ses jouets (une balle, un os) aussi bien qu'un objet qui n'a a priori aucun rapport avec lui. Nous connaissons un chien qui protége un arrosoir en plastique !
La plupart des comportements agressifs découlent de la défense instinctive du territoire. Mieux vaut donc éviter de chercher à s'emparer de « ses » objets. Evitez également de déranger votre chien dans son sommeil. L'effet de surprise pourrait le pousser à une agression à laquelle ni lui ni vous ne vous seriez attendus. De même, ne tentez jamais de lui retirer sa gamelle ou de jouer avec lui quand il mange. Selon les spécialistes, plus d'un tiers des attaques sont lancées par un chien en présence d'un objet qu'il considère comme sa propriété.


L'attitude défensive

Le chien peut simplement simuler une attaque, par jeu, ou pour donner un avertissement à l'intrus, homme ou animal. Il va gronder quand celui-ci s'avance, ou même s'élancer vers lui en montrant les dents, puis s'arrêter brusquement, à quelques mètres.
Si un intrus s'approche de la maison, le chien se mettra à aboyer, pour alerter sa famille. Ce seul comportement suffit souvent à dissuader l'autre de s'approcher davantage. Mais s'il insiste, le chien, tout comme le loup, viendra le flairer ou même l'attaquer pour de bon.
L'expression du chien prêt à l'attaque est caractéristique et facilement identifiable. Oreilles dressées et babines retroussées, il aboie la gueule grande ouverte. Difficile de confondre cette attitude avec celle du jeu !
De nombreuses attaques auraient pu être évitées si l'homme avait compris le langage du chien. En effet, un chien agresse rarement sans avoir au préalable donné plusieurs signes et avertissements.


Défense et agressivité

Une réaction agressive ponctuelle n'est pas le fait d'un animal constamment agressif et dangereux, mais la conséquence de l'instinct prononcé de défense du territoire.
On peut distinguer plusieurs types d'agressivité liée au comportement de défense chez le chien :
L'agressivité survenue dans des conflits de dominance : le chien attaque pour dominer sa meute, la famille dont il fait partie, ou encore pour s'imposer face à des animaux étrangers, extérieurs à son groupe, qui peuvent vouloir aussi affirmer leur autorité.
L'agressivité par jalousie apparaît quand son maître se désintéresse de lui et caresse un autre chien, ou quand un nouvel animal entre dans la famille.
L'agressivité est parfois liée à la peur ou à la douleur.
Enfin, une forme particulière d'agressivité est à signaler : l'agressivité maternelle, spécifique aux chiennes veillant sur une portée. De même que la louve interdit l'entrée de la tanière où elle garde ses louveteaux, la chienne ne permettra à personne de s'approcher de ses chiots. Seul son maître pourra venir les regarder, en respectant toutefois quelques précautions nécessaires : avancer à pas lents, tête et corps courbés en signe de soumission, pour ne pas exciter la réaction défensive naturelle.


Agressivité pathologique

Comme nous l'avons vu, les chiens qui attaquent un congénère, un autre animal ou un homme, voire leur propre maître, ne sont pas devenus fous. Ils obéissent, sous le coup d'une impulsion passagère, à un instinct hérité du loup. Cet instinct les pousse à défendre leur territoire, des objets familiers ou, dans le cas des chiennes, leur portée.
Malgré tout, il peut arriver de rencontrer des chiens aux comportements agressifs anormaux. Ce sont alors des animaux malades, souvent victimes de troubles du cerveau. La rage peut être une cause d'agressivité pathologique.
Sans être malades, des chiots qui n'ont pas été suffisamment socialisés à l'homme et aux autres chiens sont parfois anormalement agressifs par peur.
Malheureusement, l'homme cherche rarement à faire la part des choses entre une impulsion instinctive normale et une pathologie réelle. Dans tous les cas, l'animal mis en cause est euthanasié, alors qu'on aurait pu faire appel à un comportementaliste pour déterminer la nature de l'agression et éviter qu'elle se renouvelle. Bien sûr, un animal réellement agressif est dangereux et doit être éliminé. Mais les cas sont rares. Les autres sont simplement des chiens qui se comportent comme se comportent ceux de leur race. Et ceux-là payent de leur vie le refus de faire la différence.



Paru dans le magazine Chiens 2000, rubrique « Comportement ».

 
 

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