Guy Mensencal, juge et artiste
« J'ai rencontré le monde de la cynophilie à travers les voyages. Ma vie de juge et d'éleveur a été une vie…pour mon plaisir ».
Aujourd'hui, la profession a récompensé les années de travail et la passion de Guy Mensencal en lui décernant le titre envié de « juge All Round ».
Portrait d'un juge-artiste qui a fait du chien une joie, une passion, un art de vivre.
Passion quotidienne
Guy Mensencal fait partie de ces hommes dont l'intérieur trahit fidèlement la personnalité. En entrant chez lui, on découvre ses « collections ».
Des œufs tout d'abord, de toutes les couleurs, matériaux et tailles, disséminés un peu partout sur les tables, les étagères, entre les livres.
Des bonzaïs ensuite, plusieurs dizaines, qui ornent non seulement l'entrée mais semblent s'écouler le long des murs et emplir tout le jardin, étroit couloir de verdure qui fait office de forêt vierge miniature, au cœur de laquelle notre hôte aime déambuler.
Des animaux enfin, dont la collection n'a cessé de croître au fil des années. Oiseaux, chats…et chiens. Une passion qui remonte à l'enfance : « Quand j'étais en vacances, je jouais au billard russe et j'accumulais des bons points à chaque partie gagnée. Les autres enfants se servaient des leurs pour acheter des petites voitures, moi je préférais déjà les chiens en bibelots… »
Par amour des chiens
L'amour que Guy Mensencal porte aux chiens ne date pas d'hier : « C'était en moi. Je pensais chien dans le ventre de ma mère », confie-t-il en souriant, de ce sourire heureux de se déguiser en excuse. Puis tout s'est accéléré, selon lui, sous le coup de cet « interdit du chien » qui faisait loi dans sa famille en dépit de ses supplications pour avoir un animal. « A tous les anniversaires, je demandais un chien, que l'on me refusait. Alors, ne pouvant en avoir, je faisais des portraits, par compensation. A douze ans, je peignais à la gouache des tableaux de chiens pour toute la famille ! ».
Chaque refus accentue d'autant le désir de posséder enfin un chien, qui fait l'objet de tous les fantasmes. Autour de lui se cristallisent les plus mémorables souvenirs, comme celui que cette époque évoque et que Guy raconte ainsi : « Pendant la guerre, j'étais en zone libre à Bordeaux. Un jour, dans le train, j'étais assis à côté d'une femme qui avait un cocker. En descendant, comme elle était très chargée, elle m'a demandé de tenir son chien : ce petit détail a été un monde pour moi ! ».
Marié en 1952, il fait en 1953 son premier enfant…et achète son premier chien.
Les chiens des Pyrénées
Le chien de prédilection de Guy Mensencal fut et demeure le berger des Pyrénées. Président du Club du Chien des Pyrénées pendant trente ans, il en élève lui-même pendant près de cinquante ans. Un pan de sa vie qui trouve ses origines, une fois encore, dans l'enfance : « Enfant, je passais mes vacances chez une tante qui possédait une ferme et des bergers des Pyrénées qui gardaient les vaches ». Plus tard, sa principale motivation dans l'élevage de la race fut d'amener ce « parent pauvre de la cynophilie » au Concours Agricole de Paris. « J'ai beaucoup travaillé pour en arriver là, raconte-t-il, mais j'ai réussi à faire connaître la race partout dans le monde après l'avoir sortie de l'ombre en France ».
« Soulor », un de ses premiers plus beaux bergers, a été « le géniteur de presque tous les pedigrees actuels », nous explique-t-il non sans une certaine fierté en nous présentant sa photo et en ajoutant, ému face à ce compagnon qui semble avoir beaucoup compté : « Un très beau chien, pionnier de la race… ».
Juger : une passion, un métier
L'autre partie de sa vie, c'est le métier de juge, métier « passionnel » qui s'est imposé dès 1965, à l'issue d'un long cheminement. A cette époque, le contexte était différent : peu de juges et des prétendants soumis à rude épreuve par les « maîtres ». « Durant les assessorats, les nouveaux découvraient les expositions et observaient les juges. Juge stagiaire, on apprenait notre métier en développant notre connaissance des races ». Dans le parcours de Guy Mensencal, un maître a compté davantage : « Monsieur Duconte, juge de grand talent, m'a introduit dans le circuit cynophile ».
Peu à peu, les compétences s'affirment et le bouche à oreille fait le reste. Aux premiers jugements en France s'ajoutent bientôt les expositions dans de nombreux pays européens. Avec, au début, un « passeport » de choix, le Montagne des Pyrénées : « Je jugeais de grands rassemblements de Montagne des Pyrénées tout en développant mes compétences sur les différents groupes ».
A la découverte du monde
Allemagne, Irlande, Grande-Bretagne, Finlande, Canada, Israël. « Grâce aux chiens, j'ai connu le monde, avoue Guy, qui ajoute : « Il y a toutes ces rencontres, ces gens qu'on aurait jamais connu sans ce vecteur du chien ».
Vivre totalement sa passion, au prix parfois de sacrifices, comme celui de la famille, délaissée les dimanches, pour partir…
La passion emporte tout, transporte, fait tout oublier : « Quand je rentre sur le ring, j'oublie tout. Juger est un véritable bonheur ».
La cynophilie à l'étranger
A force de voyages, le juge de race acquiert une vision mondiale des chiens et de la cynophilie. Car si la FCI unifie les standards, il en existe d'autres hors FCI : « On peut distinguer deux blocs; celui des pays nordiques et celui des pays latins. Sans oublier la cynophilie des pays de l'Est, en plein essor et très présente depuis la chute du mur de Berlin, avec des juges de talent. Chaque pays garde sa façon de juger. La France par exemple se focalisera sur la taille des chiens et leur denture, ce qui sera moins mis en avant ailleurs ».
Le juge français venu juger à l'étranger doit donc s'adapter pour « être dans l'esprit du pays » sans chercher à imposer le sien.
L'évolution des races
Si les standards diffèrent d'un pays à l'autre, ils évoluent également, parfois dans des proportions considérables, au sein d'un même pays. Certaines évoluent plus et plus rapidement que d'autres. L'œil exercé du juge distingue d'une part les races « de maintenance », relativement stables au fil des ans, dont le type de 2003 est sensiblement équivalent à celui de 1900 (le berger et le Montagne des Pyrénées en font partie), et d'autre part les races « évolutives ». Ces dernières existent depuis cent ans mais ont tant évolué que les individus d'une même race ne semblent plus être les mêmes en l'espace de quelques années. Guy Mensencal illustre ceci par l'exemple du Beagle, race victime de la mode : « J'en ai jugé en France, au Canada et en Irlande : j'avais l'impression de ne pas juger partout la même race ! ».
« Les chiens comme des objets d'art »…
« On dit que j'ai mauvais caractère, mais c'est une légende ! ». Guy sait ce qu'il veut, dit ce qu'il pense et se met parfois en colère, élevant la voix et les bras. Un sacré caractère et un franc-parler qui a fait le tour des juges. « Mes jugements sont tout de suite dits et les gens les acceptent parce qu'ils sont justes. Il faut toujours rester juste et droit si on veut être crédible auprès des gens ».
La personnalité atypique de Guy sait convaincre, et la fibre artistique y contribue souvent. Art et chien se retrouvent et se mélangent en effet jusque dans ses jugements : « Je regarde les chiens comme des objets d'art. Je les fais tourner dans mon esprit et je sais déjà quel sera mon premier… ».
Un juge irlandais a même qualifié Guy Mensencal de « juge de mouvement », ce qui l'a réjoui, lui qui juge avant tout la beauté et l'esthétique pure avant de juger le travail quand il est face à un chien.
Le chien comme une joie, une passion, un art de vivre…
Paru dans le magazine de la Société Centrale Canine.